Allocution de S. Exc. Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique au Canada

dimanche le 18 septembre 2005

Chers confrères dans l’épiscopat,

Je suis heureux de me retrouver avec vous une fois de plus à l’occasion de votre Assemblée plénière annuelle. Les différents événements qui jalonnent la vie ecclésiale me permetttent certes de rencontrer l’un ou l’autre ou même quelques-uns d’entre vous dans leurs propres diocèses; cependant, ces assises annuelles constituent à leur manière un moment unique de grâce, puisqu’elles nous permettent de nous retrouver tous ensemble, de vivre concrètement la communion épiscopale entre les évêques et avec le Saint-Père. Ma présence peut en effet être l’expression de votre unité avec lui et, en même temps, l’assurance de sa proximité, de sa participation, et de sa prière.

Le Directoire pour le Ministère pastoral des Évêques décrit ainsi les finalités de la Conférence épiscopale : «La Conférence épiscopale, dont le rôle est devenu d’une grande importance ces dernières années, contribue sous des formes multiples et fécondes à la mise en œuvre et au développement de l’‘affection collégiale’ entre les membres du même épiscopat. En elle, les Évêques exercent conjointement certaines fonctions pastorales pour les fidèles de leur territoire. Cette action correspond à la nécessité, spécialement ressentie aujourd’hui, de pourvoir au bien commun des Églises particulières par un travail de ses Pasteurs effectué en accord et bien harmonisé» (n. 28).

Je vous suis particulièrement reconnaissant pour l’accueil chaleureux et amical que je reçois de vous et qui témoigne d’un bel esprit de fraternité au sein de l’Église; je cherche à y correspondre avec mes collaborateurs dans le travail de la Nonciature Apostolique, qui désire accompagner votre ministère pastoral. Cette année, se joint à notre petite équipe le Père Robert Ryan, de l’Archidiocèse de Saint John’s; je remercie Mgr O’Brien de nous avoir offert la disponibilité de l’un de ses prêtres.

Cher Monseigneur O’Brien, je vous remercie également pour votre aimable mot de bienvenue. Au moment où s’achève votre mandat comme Président de la Conférence épiscopale, je désire vous exprimer toute ma gratitude pour le travail que vous avez accompli au service de l’Église en ce pays et pour le dialogue que vous avez conduit avec les épiscopats d’autres contrées et avec le Saint-Siège. Je vous suis reconnaissant pour l’aide et les liens étroits et fraternels que vous-même, ainsi que Mgr Paquette, Secrétaire général et le personnel de la Conférence, avez entretenu avec la Nonciature Apostolique, en un esprit de confiance et collaboration.

1. Dans cet esprit de communion, je voudrais rappeler quelques événements importants de la vie de l’Église au Canada, qui ont fait l’objet de votre sollicitude pastorale, depuis votre dernière Assemblée plénière en octobre 2004.  En premier lieu, on ne peut passer sous silence le décès, le deux avril, du très regretté Jean-Paul II; il a introduit l’Église dans le troisième millénaire de son existence; il l’a guidée avec l’esprit des prophètes et la force de l’Évangile qu’il a annoncé avec amour et passion.

Plusieurs parmi nous, surtout ceux qui sont devenus évêques sous son pontificat, gardent vif le souvenir de leurs rencontres personnelles avec lui. En plus de son enseignement lumineux, de son engagement indéfectible pour l’Évangile, la défense de la vie, de la dignité et des droits humains fondamentaux, de ses gestes prophétiques, son témoignage personnel a profondément touché les cœurs des gens de toutes races, langues et même religions. De façon toute particulière pendant les dernières semaines de son existence, il a proclamé jusqu’au bout (Jn 13, 1) la valeur de la vie humaine, jusque dans ses dernières phases.

2. Je tiens à vous remercier encore une fois pour les initiatives prises, de partout au pays, à l’occasion du décès de Jean-Paul II. Je sais gré tout particulièrement à la CÉCC pour ses diverses réalisations à cet égard : imposantes bannières, images souvenirs, prières spéciales et informa-tions disponibles sur son site Internet. Je vous remercie également pour les nombreux témoignages de sympathie qui ont été exprimés et transmis à la Nonciature, ainsi que pour les célébrations liturgiques qui ont eu lieu dans vos diocèses.

Tous ces gestes et activités illustrent bien l’attachement des catholiques du Canada au Pape et à son ministère et, je dirais même, de la part de non-catholiques. Pendant plus de trois mois en effet, chaque jour ou presque, sont arrivés à la Nonciature des livres de condoléances, avec des centaines de signatures et de messages : diocèses, paroisses, écoles, autorités civiles et religieuses.

3. Nous avons suivi, en participation spirituelle et avec grand intérêt, le processus d’élection du successeur de Pierre, le nouvel Évêque de Rome. Nous ne pouvons que remercier le Collège cardinalice, et parmi eux Leurs Éminences les cardinaux canadiens Ouellet, Turcotte et Ambrozic, d’avoir contribué à donner à l’Église le nouveau Pape.

4. Benoît XVI en a déjà surpris plus d’un par sa personnalité et la qualité de ses interventions. Ainsi, lors des dernières Journées mondiales de la Jeunesse, dans des allocutions empreintes simultanément de profondeur et de simplicité, il a su exprimer son amour intense pour le Christ et lancer à la jeunesse de monde entier un vibrant appel à chercher Jésus pour l’adorer, à le mettre au centre de sa vie comme son Seigneur. Nous connaissons tous l’attachement que les jeunes nourrissaient à l’endroit de Jean-Paul II; Benoît XVI a déjà recueilli, avec son style propre, cet héritage, dans l’affection privilégiée qu’il porte aux jeunes, lesquels la lui rendent bien en retour.

5. À en juger par le grand nombre de jeunes canadiens (7000) qui ont participé à la JMJ de Cologne en août dernier, force est de constater que la JMJ Toronto en 2002 a donné des fruits qui stimulent déjà notre espérance et notre ministère. L’Église catholique qui est au Canada a beaucoup investi et peut compter sur la présence et l’engagement de nombreux jeunes pour assurer son rayonnement; beaucoup a été fait au cours des dernières années dans le domaine de la pastorale-jeunesse ; on ne peut que continuer ces efforts pour voir les jeunes, sujets actifs dans la vie de l’Église, avec leur vitalité et leur dynamisme.

En ce sens, le Forum jeunesse organisé par l’Assemblée des Évêques catholiques du Québec, en février dernier, a réuni une quarantaine de jeunes filles et de jeunes gens venus de tous les diocèses de cette province; cette année, plusieurs diocèses entreprendront une démarche similaire. À cet égard, je pense que les allocutions du Saint-Père et les catéchèses que quelques-uns d’entre vous ont données dans le cadre des JMJ de Cologne, constituent une ressource précieuse qui ouvre des chemins d’espérance.

6. On découvre toujours plus la richesse de la participation et de l’engagement actif des laïques, hommes et femmes, dans la vie et la mission de l’Église; c’est une bénédiction de voir s’épanouir la vocation baptismale. Cependant, le ministère du prêtre ordonné demeure irremplaçable; les statistiques révèlent chez les prêtres un âge moyen plutôt élevé, ainsi que la diminution de leur nombre pour les prochaines années. La pastorale des vocations doit par conséquent être fondamentale pour chaque diocèse. En visitant les séminaires, j’ai observé que plusieurs séminaristes des dernières années attribuent la maturation de leur vocation à l’expérience faite dans les groupes de foi et particulièrement à l’occasion des diverses JMJ : Denver, Paris, Rome, Toronto. Il y a peut-être là une voie indiquée à l’Église.

7. Le Pape Jean-Paul II avait convoqué, il y a deux ans, sur le thème de l’Eucharistie, le Synode des Évêques, qui se déroulera à Rome le mois prochain. C’est maintenant le pape Benoît XVI qui le préside, au terme de l’année consacrée à l’Eucharistie.

Le programme de votre Assemblée met en relief l’attention particulière qui sera accordée aux projets d’intervention des évêques canadiens participant au Synode. Est bien vrai ce que disait le Cardinal Ratzinger lors du Chemin de croix, Vendredi saint dernier : «Le Seigneur s’est remis lui-même en nos mains et  nos cœurs, pour que sa parole puisse croître en nous et porter du fruit». Puisque l’Église fait l’Eucharistie, et que l’Eucharistie fait l’Église, nous accompagnerons les Pères Synodaux de notre prière au Seigneur-qui-est-avec-nous, afin que, de ces assises de communion et de partage, jaillissent d’abondantes bénédictions, grâces et énergies pour l’Église.

8. Plusieurs rencontres ont eu lieu jusqu’à présent pour commémorer le 40e anniversaire du Concile Vatican II et de la publication de ses différents documents. En novembre dernier par exemple, sous les auspices du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, S. Exc. Mgr André Gaumond a participé à une rencontre au cours de laquelle on a relu le Décret Unitatis redintegratio. D’autres assemblées similaires ont eu lieu également à propos de Perfectae CaritatisPresbyterorum OrdinisNostra AetateDei Verbum, etc.

Ces rencontres ont non seulement permis d’évoquer l’anniversaire de la publication d’un texte, mais elles ont surtout donné la possibilité de puiser à nouveau à cette source véritable d’inspiration, pour aider l’Église tout entière à poursuivre sa mission au cœur du monde moderne, à assumer « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent » (Gaudium et Spes 1), et leur porter «le Christ, lumière des nations…et qui resplendit sur le visage de l’Église» (Lumen Gentium 1). Les textes conciliaires ont une grande richesse à nous offrir aujourd’hui encore. Ils sont en effet la route que l’Esprit trace pour l’Église.

9. Cette année, les Évêques du Canada ont accueilli quatre jeunes et nouveaux confrères qui apportent une énergie neuve à l’Église et la Conférence épiscopale; ils sont présentement à Rome, participant à la session organisée spécifiquement pour les derniers ordonnés. Aujourd’hui même, ils ont rencontré le Saint-Père qui, entre autres choses, a fait référence au Compendium du Catéchisme dans les termes suivants : «Lors de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, j’ai remis à l’Église le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique, synthèse fidèle et sûre du texte précédent plus vaste.  Aujourd’hui, je remets symboliquement à chacun de vous ces deux textes fondamentaux de la foi de l’Église, pour qu’ils soient point de référence de votre enseignement et signe de la communion de foi que nous vivons».

D’autre part, nous avons reçu avec tristesse les informations sur l’état de santé de quelques autres confrères, particulièrement  Mgr Arthé Guimond et Mgr Raymond Roussin; nous les assurons de notre prière et de nos vœux de prompt rétablissement.

10. La visite ad limina est prévue pour 2006. Lors de mon dernier séjour à Rome, la Préfecture de la Maison Pontificale m’a indiqué que les dates sont officieusement inscrites dans l’agenda en cours de préparation, le printemps (du 24 avril au 7 mai), pour l’Assemblée des Évêques catholiques du Québec et l’Assemblée des Évêques de l’Atlantique), et l’automne (du 25 septembre au 6 octobre) pour la Conférence des Évêques catholiques de l’Ontario et la Conférence catholique de l’Ouest. J’ai transmis les propositions nouvelles de l’Atlantique et de l’Ouest qui me sont parvenues après ma rencontre avec Mgr Harvey; aussitôt que j’aurais des informations à cet égard, je m’empresserai de vous les communiquer.

À ce propos,  il serait utile que les relations quinquennales soient transmises à la Nonciature au début de l’année; de cette  manière, les différents Dicastères pourront préparer opportunément les rencontres avec les évêques. La visite ad limina revêtira cette année un caractère spécial : en effet, les Évêques du Canada rencontreront officiellement pour la première fois Sa Sainteté le pape Benoît XVI, que plusieurs avaient connu alors qu’il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

11. Au cours de votre Assemblée, vous entreprendrez une réflexion en profondeur sur les structures de votre Conférence. C’est un travail nécessaire pour rendre les structures toujours plus fonctionnelles et adaptées à l’exigeante tâche de responsabilité qui pèse sur le ministère épiscopal. Beaucoup a été fait; il reste encore à faire, mais la route est bonne et je vous en félicite.

12. Depuis quelque temps déjà, et plus particulièrement au cours de la dernière année, vous avez accordé beaucoup d’attention au controversé et difficile débat sur le mariage. Tant au plan national, par l’intermédiaire de la Conférence des évêques catholiques du Canada, qu’au plan régional, par l’intermédiaire de vos diverses assemblées épiscopales et au plan diocésain, nombreuses ont été les interventions.

J’ai déjà transmis à Mgr O’Brien les félicitations et l’appréciation du Cardinal Sodano, ainsi que de Chefs de plusieurs Dicastères, pour votre défense courageuse et claire de la définition de la famille, base de la société, patrimoine culturel et religieux de tous les peuples, de tous les temps. En cohérence avec votre devoir de pasteurs, vous avez participé, non sans difficulté, au débat public propre à toute société démocratique, pas seulement comme voix de l’Église, mais aussi comme voix de la raison qui cherche le bien de tous.  La nouvelle législation demande maintenant à l’Église un engagement pour illuminer les fidèles, pour former et accompagner les familles chrétiennes.

13. Depuis de nombreuses années, votre Conférence épiscopale porte son attention sur la difficile question des abus sexuels commis par des membres du clergé. La justice, la vérité et la charité demandent réparation, correction, compréhension et prévention, avec l’adoption de toutes les mesures nécessaires. On attend le jour où tout sera terminé, pas seulement pour se libérer d’un poids lourd, mais surtout pour investir toutes nos énergies et ressources dans l’annonce de l’Évangile.

14. Lumières et ombres ont toujours accompagné l’histoire de l’Église, à cause des personnes qui en font partie. L’obscurité vient de l’infidélité et du péché, la lumière vient de la sainteté et de la grâce, comme nous le savons bien. Le Pape Benoît XVI a repris pour les jeunes catholiques la parabole du filet qui ramène de bons et mauvais poissons.

Je voudrais conclure ces mots en partageant avec vous la prière que le Cardinal Ratzinger a proposée lors de la 9e station du Chemin de Croix, au Colisée cette année:

« Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons !  C’est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église : en elle aussi, Adam chute toujours de nouveau. Par notre chute, nous te traînons à terre, et Satan s’en réjouit, parce qu’il espère que tu ne pourras plus te relever de cette chute; il espère que toi, ayant été entraîné dans la chute de ton Église, tu resteras à terre, vaincu. Mais toi, tu te relèveras. Tu t’es relevé, tu es ressuscité et tu peux aussi nous relever. Sauve ton Église et sanctifie-la. Sauve-nous et sanctifie-nous ».

Comme Évêques, ensemble et personnellement, notre tâche est d’aider le Seigneur à se relever et de relever l’Église, à témoigner qu’il est ressuscité. Notre ministère nous appelle à semer l’optimisme qui vient de la foi, en un mot, l’espérance.

15. Finalement, je voudrais renouveler à Mgr O’Brien mes vifs remerciements au terme de son mandat comme Président de la Conférence épiscopale. Je présente également à Mgr Gaumond mes vœux les meilleurs au moment où il assume cette Présidence pour les deux prochaines années.


Source : Sylvain Salvas
Directeur du Service des communications
Conférence des évêques catholiques du Canada
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