Allocution de S. Exc. Mgr Luigi Ventura Nonce apostolique au Canada Assemblée plénière de la CÉCC 20 septembre 2001

jeudi le 20 septembre 2001

Je me réjouis grandement que le début de ma mission de Nonce Apostolique au Canada coïncide avec l’Assemblée plénière des Évêques de  ce pays. Je considère comme une grâce précieuse de pouvoir rencontrer et connaître chacun de vous, que le Seigneur a placé à la tête des différents diocèses de cet immense pays. J’ai déjà eu un premier contact avec certains d’entre vous qui ont participé dimanche dernier à l’ordination épiscopale de Mgr Émilius Goulet, p.s.s., à St-Boniface.

1- Je tiens tout d’abord à vous faire part des sentiments du Saint-Père à votre égard et à l’endroit de l’Église au Canada. Le Pape, qui m’a reçu le mois dernier et m’a chargé de vous transmettre sa bénédiction, suit avec une grande attention votre engagement pastoral et il encourage votre zèle inlassable à construire le Royaume. Il a été en outre grandement touché par la générosité et la disponibilité que vous avez démontrées en prenant la responsabilité d’organiser les Journées Mondiales de la Jeunesse 2002, signe très fort et occasion éminemment propice pour renouveler dans le monde des jeunes, apparemment distrait, le message de l’Évangile.

2-  Permettez-moi aussi de vous exprimer mes plus sincères remerciements pour vos égards lors de mon arrivée aux aéroports de Toronto et d’Ottawa.  À Toronto, j’ai été chaleureusement accueilli par Mgr John Boissonneau, évêque auxiliaire, et dans la Capitale fédérale, par Son Mgr Marcel Gervais, archevêque d’Ottawa, Mgr Joseph-Aurèle Plourde, archevêque émérite, le secrétaire général de votre Conférence, Mgr Peter Schonenbach, p.h., ainsi qu’un groupe de prêtres.  Pour toute cette attention qui m’a été manifestée au nom des évêques et des prêtres du Canada, j’ai ressenti votre affection pour le Saint-Père et votre reconnaissance de sa mission fondamentale à l’égard de l’unité et de la charité dans l’Église.  La mission du représentant du pape n’a d’autre but que d’être un instrument de communion dans l’Église universelle assurée par le ministère du successeur de l’Apôtre Pierre : « une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père » (Eph 4, 5).  L’Église est le signe et la semence de l’unité et de la fraternité universelle, au coeur d’un monde qui se globalise, est en lutte de pouvoir et qui trop souvent divise et blesse.

3- Pour ma part, je me sens comblé par le Seigneur de pouvoir cheminer avec vous durant ce temps fort que vit l’Église canadienne à laquelle je suis désormais lié par ma mission. Je sais que vous portez de nombreux et grands projets: les JMJ, le Congrès sur les vocations, la visite en terre canadienne des reliques de sainte Thérèse. Ces projets demandent beaucoup de votre temps et de vos énergies; mais les bienfaits qui en découleront apporteront une grande richesse pour l’Église. Certaines retombées apparaissent déjà. Je pense par exemple au passage, dans vos diocèses, de la Croix des JMJ.  On peut espérer une « pluie de grâces », pour reprendre l’expression du Saint-Père lors de sa visite en septembre 1984.

4- Je me réjouis à l’égard du prochain Congrès des vocations surtout en ce temps où nous devons nous mettre à l’écoute des appels du Seigneur pour le ministère presbytéral et la vie religieuse.  Je sais que mes mots trouveront écho en vos cœurs en soulignant combien il est important pour la vitalité et la croissance de l’Église et pour votre ministère qu’émergent des vocations enthousiastes qui seront au service des besoins du Peuple de Dieu.  La source première d’une vocation de prêtre est une vie joyeuse, libre et cohérente.

5- Comme vous le savez, après quatre années en Afrique où j’ai été témoin de la jeunesse permanente de l’Église et de la fraîcheur de l’Évangile, j’arrive de l’hémisphère sud de l’Amérique, avec sa grande tradition catholique, et je me réjouis de constater que votre Conférence travaille avec cœur à mettre en application l’admirable document qu’est Ecclesia in America. La réunion qui aura lieu à Washington au début de l’an prochain sous le thème « Globalisation et évangélisation » sera une autre occasion favorable pour faire grandir la solidarité si nécessaire entre le Nord et le Sud du continent américain. À ce propos, je ne voudrais pas non plus oublier le travail acharné effectué par l’Organisation catholique canadienne pour le Développement et la paix, présente aux moments de catastrophes naturelles et également engagée au quotidien, sur le terrain, au service de nos frères et sœurs plus démunis du Sud.

6- Les situations difficiles font partie de la vie d’une Conférence épiscopale.  J’ai pris connaissance de l’importante Note doctrinale qui, ayant obtenue la recognitio du Saint-Siège, a été publiée par la Conférence le 15 août de cette année concernant la délicate question de l’Armée de Marie.  La Congrégation pour la Doctrine de la foi a bien perçu la compétence et le souci pastoral de la CECC dans ce dossier.  Je veux saisir cette occasion pour remercier Mgr Gilles Cazabon, o.m.i., Commissaire pontifical auprès des Fils de Marie, pour sa disponibilité et son expertise.

7- Nous lisons dans l’Évangile de Matthieu : « Bienheureux les artisans de paix». Les événements tragiques survenus aux États-Unis au début de ce mois soulignent avec évidence non seulement la nécessité mais l’urgence de la promotion de la paix dans le monde. Le Saint-Père oeuvre inlassablement en ce sens, comme le rappellent les messages qu’il publie chaque année à l’occasion de la Journée mondiale de la Paix le premier janvier, ainsi que les nombreuses interventions du Saint-Siège au sein des Organisations internationales. En tant qu’Évêques et disciples du Ressuscité, nous sommes nous aussi des témoins et des artisans de la construction de la civilisation de l’amour, selon l’heureuse expression de Paul VI. Le thème du prochain Synode  «L’évêque, serviteur de l’évangile de Jésus-Christ pour l’espérance du monde » invite à réfléchir sur la mission de l’évêque dans l’édification de l’Église, pour construire ensemble une humanité réconciliée, fraternelle, vivant dans la justice et dans la paix. Connaissant le sérieux avec lequel l’épiscopat canadien a toujours préparé ces grands moments de la vie ecclésiale que sont les Synodes, je ne doute pas que celui-ci constituera un stimulant dans la mission qui nous est confiée.

8-  Nous devons être bien préparés à suivre l’enseignement du Saint-Père dans sa letter apostolique Novo Millennio Ineunte, d’avancer en eau profonde “Duc in altum” (Lc 5, 4). Le Synode sera une excellente occasion pour nous aider à devenir les évêques du nouveau millénaire.  Ce sera un temps pour intensifier le don d’unité, prenant conscience combine important ce don est pour la vie de l’Église qui se situe dans un monde qui, comme le décrit si bien Marshall McLuhan, devient le village global. Dans un monde de communication instantanée, notre unite est fondamentale.

Le Concile Vatican II nous enseigne que la richesse de l’Église repose également sur la grande diversité du peuple de Dieu, tel que le démontre la réalité de chaque diocèse.  Dans un monde marqué par la diversité, chaque évêque devrait devenir davantage un « bâtisseur d’unité » dans sa communauté diocésaine et dans l’Église universelle, en union avec le Saint-Père.

9- Chers frères évêques, j’amorce mon mandat de Représentant du Saint-Père avec enthousiasme. J’entends bien poursuivre le travail accompli par mes prédécesseurs. Je considère qu’il est de mon devoir d’être avant tout le coeur du Saint-Père, qui veut être à côté de chacun de vous, pour partager joies et souffrances, espoirs et défis.

La Nonciature poursuit son travail habituel. Depuis quelques semaines, à son personnel, s’est joint Mgr Andrés Carrascosa, conseiller, pourvu d’une belle et riche expérience et qui, jusqu’à tout récemment, travaillait au Brésil; il m’accompagne ici et je suis heureux de vous le présenter.

10- Quand j’étais un jeune écolier, je percevais le Canada comme un pays lointain mystérieux, décrit comme « quelques arpents de neige » .  Aujourd’hui, la Providence m’a envoyé, comme Nonce apostolique, pour servir dans cet immense pays, dans lequel l’Église continue de partager ses dons avec l’Église universelle.  Même si les hivers canadiens me préoccupent un peu, je rends grâce au Seigneur, au Saint-Père pour sa confiance et à vous tous pour votre accueil et votre collaboration.  Pour ma part, je vous assure de ma disponibilité.

11- J’ai l’honneur de transmettre à Mgr Gerald Wiesner, président de votre Conférence épiscopale, la lettre de recommandation, par laquelle le Cardinal Angelo Sodano, Secrétaire d’État, présente ma mission dans votre pays.