De retour en classe !

jeudi le 22 décembre 2011

ecole3La dernière visite que nous avons faite, au dernier jour de notre passage en Haïti, nous a conduits dans une école construite récemment avec l’aide de Développement et Paix. L’institution est dirigée par la province haïtienne des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception, congrégation religieuse fondée au Québec par Mère Délia Tétreault. L’ancienne école qu’administrait la communauté a été détruite par le tremblement de terre; elle est maintenant complètement reconstruite.  Un autre signe d’espoir. La Provinciale et deux de ses sœurs étaient évidemment très fières et pleines d’enthousiasme en nous faisant visiter cette nouvelle école catholique  pour filles, qui accueille 980 élèves de six à dix-huit ans. Elles ont profité de l’occasion pour remettre à Développement et Paix une plaque qui exprime la reconnaissance de la congrégation et celle des étudiantes pour cette belle école toute neuve.

La journée avait commencé par une visite du président de la Conférence épiscopale d’Haïti, Mgr Chibly Langlois. Ce fut pour Mgr Durocher et moi-même l’occasion de parler avec lui des priorités de l’épiscopat haïtien pour la reconstruction ecclésiale qui doit se faire. Puis notre délégation a fait une visite en coup de vent aux responsables de l’Agence canadienne de développement international en poste à Haïti. Comme leurs bureaux sont logés à l’ambassade du Canada, ce fut l’occasion de saluer brièvement l’ambassadeur canadien. De là nous sommes allés voir une organisation qui offre de la formation à tout un réseau de stations de radio communautaire à travers Haïti, dont quelques-unes sont rattachées à l’Église locale. Avant de venir ici, je n’avais pas mesuré l’importance de ces radios. Comme plus de 50 p. 100 de la population est analphabète et trop pauvre pour se procurer un téléviseur, la radio est pour bien des gens la seule façon de s’informer de ce qui se passe dans la collectivité, de savoir quoi faire en cas d’urgence, etc. Juste avant d’aller à l’école, nous avons visité les bureaux de la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale haïtienne. Nous avons parlé de leurs priorités et de leur travail, mais aussi de notre désir que la présence et le travail de Développement et Paix et de ses partenaires leur soient d’un réel secours.

Demain, nous rendrons visite au Nonce apostolique en Haïti avant de prendre le chemin de l’aéroport. L’horaire de la journée sera très serré; ce texte est donc mon dernier blogue en provenance d’Haïti.

Je pense que ce qui m’a le plus frappé ici, c’est l’image d’une femme que nous avons rencontrée un peu plus tôt cette semaine lors de notre visite au MPP. Elle était arrivée à leur centre à la suite du tremblement de terre, tellement traumatisée par le séisme, en plus de tous ses autres problèmes, qu’elle a craqué et a dû recevoir des soins psychiatriques. Dieu sait que j’aurais très bien pu perdre tous mes moyens, moi aussi, au milieu d’une catastrophe aussi terrible.  Mais quand nous avons rencontré cette femme, elle avait le sourire et elle riait. À cause de l’amour et de l’attention de la communauté, et des soins professionnels qu’on a pu lui fournir, elle est maintenant rétablie… et elle peut rire. Voici la prière que je formule pour les gens d’Haïti : qu’ils puissent connaître un ressourcement et un renouvellement qui leur apportent la joie.

Le séisme dont nous avons tous entendu parler n’est que le signe extérieur de secousses qui ébranlent la population haïtienne depuis des générations. Le poids écrasant de la pauvreté absolue a privé d’innombrables personnes du sens de leur dignité et de leur valeur personnelle. Le travail de Développement et Paix et de ses partenaires est évidemment bien modeste en regard des besoins accablants qui existent ici. Néanmoins, le renouveau et l’espoir qu’ils apportent aux gens qu’ils aident est un indice de la reconstruction personnelle que notre Seigneur souhaite pour tous et chacun des siens en ce pays. Noël, c’est l’annonce que Dieu peut accomplir l’impossible; n’oublions pas de prier pour que ce qui est vraiment humainement impossible – le rétablissement du peuple haïtien et de la société haïtienne – devienne réalité par la grâce de Dieu et à travers l’action de ceux et celles qui se mettent au service des pauvres.

Mgr Richard Smith
Archevêque d’Edmonton
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada