Promesse de prière, appel au pèlerinage et engagement à rechercher une paix juste

jeudi le 13 janvier 2011

Coordination pour la Terre Sainte
Jérusalem, 10-13 janvier 2011
Communiqué final

Nous nous sommes réunis en Terre Sainte pour une onzième fois afin d’exprimer, dans le partage et l’échange de nos expériences et de nos espoirs, l’amour et la solidarité des catholiques de nos pays respectifs pour la Terre de notre Sauveur, pour les lieux saints et, plus spécialement, pour le peuple qui forme ici la communauté des croyants. Cette année, nous avons tenu à rencontrer toutes les confessions chrétiennes. Appelés par notre foi à jeter des ponts, nous partageons l’espoir d’unir tous les chrétiens dans la recherche d’une paix juste pour tous ceux et celles qui vivent en ce pays. Nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer les Ordinaires de Terre Sainte.

Les propos du Pape Benoît sur la Terre Sainte ont été pour nous objet de réflexion et source d’encouragement:

Plus nous voyons l’universalité et l’unicité de la Personne du Christ, plus nous considérons avec gratitude cette Terre où Jésus est né, a vécu et s’est donné lui-même pour nous tous. Les pierres sur lesquelles notre Rédempteur a marché demeurent pour nous riches de souvenirs et continuent à «crier» la Bonne Nouvelle. C’est pourquoi les Pères synodaux ont rappelé l’heureuse expression qui désigne la Terre Sainte, «le cinquième Évangile». Combien il est important qu’en ces lieux se trouvent des communautés chrétiennes, malgré les nombreuses difficultés! Le Synode des Évêques exprime sa profonde proximité à tous les chrétiens qui vivent sur la Terre de Jésus, en témoignant leur foi dans le Ressuscité1.

Venez, et vous verrez

Nous sommes convaincus que toute visite en Terre Sainte est bénéfique aux pèlerins comme aux personnes qui vivent ici, notamment à la communauté chrétienne. Quand les disciples de Jean Baptiste ont demandé à Jésus où il vivait, celui-ci n’a pas répondu directement à la question mais leur a lancé une invitation : « Venez, et vous verrez2 ». Ils l’ont fait, et leur vie en a été transformée. Notre séjour en Terre Sainte nous a transformés, nous aussi. Nous en repartons résolus à prier avec et pour nos frères évêques, la communauté chrétienne et toute la population de la Terre Sainte. Nous nous engageons à prier pour une paix juste et pour que soient adoptées les mesures capables de protéger la vie, la dignité, les droits et la liberté religieuse de tous et de toutes au Moyen-Orient. Nous tenons aussi à encourager les pèlerinages qui font visiter cette Terre que Jésus a parcourue et où la population continue de vivre sa foi.

Nous sommes solidaires de ceux qui cherchent désespérément des façons de cultiver la justice et la paix là où on observe tant de peur et de méfiance, voire de haine et de destruction. En dépit de quelques améliorations tangibles dans l’émission des visas, nous avons eu la douleur de constater encore une fois la frustration de nombreux prêtres et religieux catholiques dont le travail quotidien est gravement compliqué par les restrictions imposées à leurs déplacements. Nos confrères évêques nous ont confié avec tristesse que les paroles du Pape lors de sa visite de 2009, pour qu’on facilite les déplacements des prêtres et des religieux catholiques, n’ont pas été entendues. Nous demandons instamment qu’aboutissent les négociations engagées depuis longtemps entre le Saint-Siège et l’État d’Israël. On nous a aussi expliqué la souffrance des personnes dont le mariage est soumis à d’énormes pressions du fait de normes de « sécurité » et de différences de religion, celle d’individus et de collectivités dont la terre ou la propriété ont été saccagées ou leur ont été enlevées, notamment à cause de la route ou de la construction du mur, et celle des gens que vouent à la précarité les conditions de vie à Gaza.

Nous le savons, des progrès ont été accomplis et le Premier Ministre de l’Autorité palestinienne, Monsieur Salam Fayyad, nous a fait part d’une nouvelle encourageante: il revient plus de Palestiniens qu’il n’en part. Mais nous sommes profondément inquiets de voir tant de situations où la dignité des personnes est ignorée ou bafouée. Aussi nous engageons-nous à épauler les artisans de justice et de paix ici en Terre Sainte et à inciter les dirigeants et la population de nos pays à les soutenir. Nous allons continuer de travailler pour une paix durable en appuyant une solution qui reconnaisse vraiment deux États et qui garantisse à la fois la sécurité et la reconnaissance de l’État et du peuple d’Israël et l’existence d’un État viable et indépendant pour les Palestiniens. Nous allons travailler pour un avenir où soient protégés et respectés la vie, la dignité et les droits des Palestiniens comme des Israéliens.

Que faut-il faire?

Nous voulons continuer d’appeler nos communautés catholiques à prier pour nos frères et sœurs de ce pays et nous allons communiquer à d’autres ce que nous avons appris. Nous voulons poursuivre les conversations avec les diplomates et les responsables politiques de nos pays afin de leur exposer les préoccupations des communautés chrétiennes que nous avons rencontrées.

Nous en appelons d’autres à assumer avec nous ces engagements. Les chefs religieux peuvent tous influencer la façon dont leurs coreligionnaires voient les personnes qui ne partagent pas leurs croyances et, comme nous, ils doivent montrer plus de courage et un sens plus aigu de leurs responsabilités dans l’exercice du leadership. Qui enseigne aux enfants se doit d’aider ces jeunes esprits à grandir dans le respect des droits et de la dignité de chacune des personnes que Dieu a créées, quelles que soient leurs croyances, leur culture ou leur nationalité. Nous avons été profondément réconfortés par le témoignage de religieuses et de religieux qui s’emploient dans les écoles à préparer un meilleur avenir.

Ceux qui gouvernent les différentes régions de la Terre Sainte doivent manifester la volonté et trouver le moyen de poser des gestes courageux en faveur de la justice et de la paix. Les dirigeants de nos propres États, dont les politiques internationales ont ici des retombées importantes, ne peuvent fuir la responsabilité qui leur incombe de promouvoir une paix juste et de protéger les droits des croyants comme ceux de tous les citoyens de ces pays. Les journalistes ont conscience, eux aussi, du rayonnement que peut avoir leur parole; nous leur demandons de faire état des problèmes mais aussi des signes d’espérance.

Nous prions le Seigneur d’accorder à son peuple la force, de donner à son peuple, à tout son peuple, la paix3, en particulier en cette Terre que nous appelons sainte.

Le 13 janvier 2011

Les signataires du communiqué:

Monseigneur Patrick Kelly
Archevêque de Liverpool,
Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles

Monseigneur Rock Mirdita
Archevêque de Tirana Durazzo
Conférence épiscopale d’Albanie

Monseigneur William Kenney
Évêque chargé des Affaires européennes
Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galles

Monseigneur Pierre Morissette
Évêque de Saint-Jérôme
Conférence des évêques catholiques du Canada

Monseigneur Michel Dubost
Évêque d’Évry
Conférence des évêques de France

Monseigneur Peter Bürcher
Évêque de Reykjavik et représentant de la Conférence épiscopale des États nordiques

Monseigneur Stephan Ackermann
Évêque de Trèves et président de la Commission Justice et Paix
Conférence des évêques d’Allemagne

Deux évêques font partie de la Coordination pour la Terre Sainte, mais ont dû quitter plus tôt, cette année:

Monseigneur Gerald Kicanas
Évêque de Tucson
Conférence des évêques catholiques des États-Unis

Monseigneur Joan-Enric Vives
Archevêque d’Urgell et coprince d’Andorre
Conférence des évêques d’Espagne


1. S.S. Benoît XVI, Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, Rome, 30 septembre 2010, n° 89.

2. Jean 1, 39.

3. Cf. Psaume 29,11.