Visite de solidarité à Haïti: 21 décembre 2011

vendredi le 23 décembre 2011

nonceLe dernier jour de la visite de solidarité à Haïti débute comme à l’habitude par la célébration de la messe. L’évangile du jour raconte la visite de Marie à sa cousine Élisabeth. Dans son homélie, le président de la CECC, Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton, réfléchit sur la Visitation et confie espérer que la visite de la mission de solidarité soit, elle aussi, un moment de grâce, porteur d’encouragement, d’espoir et de soutien au peuple haïtien. Pour la messe, Mariane s’est jointe aux visiteurs. Elle vit dans les environs et vient tous les jours aux bureaux de Développement et Paix faire le ménage et la cuisine. Comme des milliers d’autres, sa maison a été détruite lors du séisme du 2 janvier 2010. Depuis, avec son mari et sa fille, elle vit dans un abri de fortune en face des débris de leur ancienne maison. Ils n’osent pas chercher ailleurs de refuge temporaire de peur qu’un autre sans-abri ne vienne s’emparer de leur propriété.

Après la messe, la délégation se rend à la nonciature : Mgr Bernardito C. Auza, nonce apostolique en Haïti, a invité la délégation canadienne à prendre le petit-déjeuner avec lui. Le Nonce travaille sans relâche depuis le tremblement de terre à trouver du financement et des appuis pour l’Église en Haïti. Dans les mois à venir, il espère pouvoir annoncer 40 projets de reconstruction pour des églises, des écoles et des centres de pastorale dans tout le pays.

Mgr Auza offre aux visiteurs un complément d’information sur les problèmes économiques, sociaux et structurels qui compliquent la reconstruction. Non seulement Haïti importe-t-elle 86 pour cent de sa nourriture, souligne-t-il, (près de 90 pour cent du poulet consommé en Haïti vient des États-Unis!) mais on doit aussi importer le ciment, les blocs de construction en béton et même le sable. Les montagnes d’Haïti sont formées principalement de roche calcaire de sorte qu’il faut acheter à l’étranger et faire venir par bateau d’énormes quantités de sable de maçonnerie. Ces difficultés sont accrues par le manque d’infrastructure et les prix élevés ainsi que par des problèmes de masse monétaire et de taux de change. Le chargé d’affaires, le Père Giuseppe Trentadue, signale que les difficultés pour la reconstruction sont aussi liées à un mauvais système d’enregistrement foncier et de transfert des biens fonciers. Il arrive souvent, dit-il, qu’un projet de reconstruction soit contesté par quelqu’un qui prétend être propriétaire du terrain et il peut arriver qu’un acheteur potentiel doive payer le terrain à deux reprises pour arriver à conclure la transaction. Le Père Trentadue indique que plusieurs organisations non gouvernementales et plusieurs agences de développement qui voulaient apporter de l’aide, suite au séisme de 2010, ont dû attendre jusqu’à une année avant de recevoir les autorisations nécessaires de l’administration haïtienne. La priorité de la nonciature pour les prochains mois, ajoute le Père Trentadue, sera la formation et l’éducation des Haïtiens.

Le temps passé à la nonciature apostolique permet à Mgr Smith et au vice-président de la CECC, Mgr Paul-André Durocher, de recevoir les observations du nonce apostolique sur les plans de reconstruction proposés par les évêques d’Haïti et leur conférence épiscopale. La plus grande partie de l’aide nécessaire à ces plans a déjà été promise par les catholiques et les évêques d’Amérique latine, des États-Unis, du Canada et de l’Europe.

En sortant de la nonciature, la délégation canadienne est conduite aux bureaux de l’Agence canadienne de développement international à Port-au-Prince, où les visiteurs donnent des entrevues à cinq médias, dont Radio Télé Antilles et TNH (Télévision Nationale d’Haïti).  Lors de ces interviews, Mgr Smith dit combien il est touché de voir les pauvres et les femmes prendre conscience de leur dignité et de leur importance grâce au travail d’organismes qui, comme Développement et Paix, accompagnent le peuple haïtien dans ses efforts pour transformer son mode de vie et sa société. Mgr Durocher explique qu’il admire Développement et Paix pour sa façon de travailler en collaboration avec la population locale et d’être proche du peuple. Le directeur général de Développement et Paix, M. Michael Casey, souligne l’importance pour Haïti de projets dans les domaines du reboisement, de la prévention de la violence et du développement économique. 

Dans l’après-midi, la délégation se rend à l’aéroport de Port-au-Prince pour rentrer au Canada. À leur arrivée, une semaine plus tôt, les visiteurs canadiens se sont retrouvés coincés pendant  plusieurs heures dans une salle obscure, à la recherche de leurs bagages. Pour éviter des problèmes semblables au départ, le Nonce apostolique accompagne à l’aéroport les visiteurs de la CECC et de l’OCCDP. Avec l’aide de Mgr Auza, doyen du corps diplomatique en Haïti, la délégation canadienne peut éviter le pire des installations bondées et désorganisées de l’aérogare. Seul point d’entrée au pays du trafic aérien international, l’édifice sera remplacé en 2012. En attendant le départ, Mgr Auza reste avec les visiteurs canadiens, auxquels se joignent l’ambassadeur du Canada en Haïti et son épouse, qui se préparent à rentrer au Canada pour leurs vacances de Noël.

bidonvilleUne des premières choses que la mission de solidarité a remarquées peu après son arrivée en Haïti, c’est une paire de menottes que portaient autrefois les esclaves. Elles font partie de l’exposition permanente au Musée national du Panthéon. Plus tôt aujourd’hui, les visiteurs ont aperçu un bidonville à flanc de montagne, où plusieurs des cabanes sont si petite que les membres de la famille s’y succèdent à tour de rôle pour pouvoir dormir quelques heures. Sur la route de l’aéroport, on a expliqué aux visiteurs qu’à la saison des pluies les gens qui vivent dans les bidonvilles du centre-ville, situés en contrebas, passent plusieurs heures debout avec de la boue dans leurs bicoques, tant que dure la pluie. La toiture délabrée et le sol en terre battue ne leur offrent guère d’abri.

Pendant leur visite, les Canadiens se sont étonnés de la signification que prenaient les lectures de la messe quotidienne à la lumière de leurs expériences en Haïti. Mgr Smith a exprimé la chose en ces termes : « Nous avons découvert à quel point nous sommes en communion avec le peuple haïtien. La reconstruction est nécessaire. Mais elle n’est pas que matérielle. Il y a aussi la reconstruction de la personne humaine, et celle de la société, à force d’amour et d’espérance. »  M. Normand Comte, chargé de programme de Développement et Paix pour l’Amérique latine et la Caraïbe, a ajouté : « Nous avons partagé la Visitation dont parlait l’évangile de ce matin, parce que les Haïtiennes et les Haïtiens que nous avons rencontrés ont visité nos cœurs et nos âmes. »

crecheLa première journée du voyage avait exhumé les preuves historiques des chaînes de l’esclavage. Le dernier jour exposait la preuve de l’esclavage contemporain des bidonvilles et des conditions de vie inhumaines. En matinée, à la nonciature, les visiteurs canadiens avaient contemplé une crèche de Noël. Toute la journée, le mystère de l’Incarnation a continué de se révéler. La gloire transformatrice de Dieu s’est présentée jadis dans la pauvreté, le chaos et la saleté d’une étable à Bethléem. Aujourd’hui, elle se manifeste à Port-au-Prince.

Mgr Smith et Mgr Durocher étaient accompagnés dans cette visite de solidarité à Haïti par le directeur général de Développement et Paix, M. Michael Casey, le chargé de programme pour l’Amérique latine et la Caraïbe, M. Normand Comte, par l’agent de communications, M. François Gloutnay, ainsi que par le secrétaire général adjoint de la CECC, M. Bede Hubbard.

par Bede Hubbard
Secrétaire général adjoint
Conférence des évêques catholiques du Canada