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Évangélisateurs d’espérance dans le monde moderne

FORUM 2009 DE LA CECC
AVES LES ASSOCIATIONS
ET MOUVEMENTS CATHOLIQUES NATIONAUX

Évangélisateurs d’espérance dans le monde moderne[1]

Si le thème de notre rencontre porte sur « La Parole de Dieu : identité et mission »,

nous allons chercher à mieux comprendre ce qu’est notre mission de proclamer la Bonne Nouvelle qu’exprime la Parole de Dieu, c’est-à-dire l’évangélisation… en quoi nous sommes tous appelés à devenir des « évangélisateurs d’espérance », des messagers de la Bonne Nouvelle, de la Parole de Dieu,  en particulier en tant que membres d’associations ou de mouvements catholiques.

1. Les associations et les mouvements catholiques

Cette question de l’évangélisation revenue au cœur des préoccupations ecclésiales depuis le Synode romain de 1974 ne concerne pas que les ministres ordonnés qui portent la charge pastorale et les personnes engagées dans la vie consacrée. Depuis Vatican II, nous comprenons mieux que la mission de l’Église est une responsabilité portée par tous les baptisés. Il n’est même pas nécessaire de recevoir un mandat de l’évêque pour être un évangélisateur : le baptême rend chacun des disciples co-responsable de la proposition de la Bonne Nouvelle au monde d’aujourd’hui.

Vous représentez différentes associations et mouvements catholiques, en lien avec les évêques du Canada. Il y a ici une belle diversité, représentant les prêtres, les religieux, les membres d’instituts séculiers mais surtout les laïques[2]. Plusieurs associations, fondées bien avant Vatican II, ont un but très précis à l’intérieur de la grande mission de l’Église. C’est ainsi que les Chevaliers de Colomb, fondés en 1882 et présents dans l’Église canadienne depuis 1897, aident les hommes à garder la foi, protéger les familles et donner des mains à la vertu de charité. L’Association canadienne de la santé, fondée en 1939, consolide et soutient l’engagement des organismes et prestataires catholiques des soins de santé. La Société Saint-Vincent de Paul (fondée en 1833) s’efforce de soulager ceux qui souffrent. La Ligue des Femmes Catholiques du Canada, mieux connue sous son nom Catholic Women’s League, fondée en 1920, réunit les femmes catholiques du pays avec huit objectifs précis [3]. Il y est peu question de la mission de l’Église, de la tâche de l’évangélisation confiée à tous les baptisés. Alors que certaines associations, créées depuis les années ’60, font référence à la mission de l’Église et à la tâche de l’évangélisation de manière plus explicite[4].

Les organismes et mouvements catholiques sont souvent un lieu privilégié pour prendre conscience de la responsabilité missionnaire de tous les baptisés. De plus, ces mouvements qui insistent sur l’expérience communautaire offrent soutien à tous les membres de l’Église, conscients de leur responsabilité et qui s’engagent dans l’évangélisation. Le pape Jean-Paul II, dans l’exhortation apostolique Christifideles laici soulignait les formes collectives de participation à la vie et à la mission de l’Église[5]. Il allait même jusqu’à parler « d’une nouvelle saison d’associations de fidèles laïcs ». Ces nouvelles associations veulent participer de façon responsable à la mission de l’Église, qui est de porter l’Évangile du Christ comme source d’espérance pour l’être humain et de renouveau pour la société. Il s’agit d’une aide précieuse pour un engagement missionnaire et apostolique. Le pape y voit aussi « un signe de la communion et de l’unité de l’Église dans le Christ ».

À la veille de la Pentecôte 2006, le pape Benoît XVI voyait dans les mouvements et les communautés nouvelles un don de l’Esprit Saint afin que se manifeste dans le monde la victoire du Christ ressuscité et que s’accomplisse le mandat missionnaire confié à toute l’Église… un don pour répondre de  manière efficace aux défis de notre époque[6]. Les associations, les mouvements et les communautés nouvelles ont donc un rôle important à jouer dans la mission d’évangélisation de l’Église.

2. Présence de l’Esprit Saint et centralité du Règne de Dieu

 

Comme je le disais à mes frères évêques[7], en 2007, on ne peut aujourd’hui aborder la question de l’évangélisation sans tenir compte de deux éléments importants dans la vision actuelle : cette conviction ecclésiale de la présence universelle de l’Esprit Saint dans notre monde et la centralité du Règne de Dieu dans la mission de l’Église et celle de ses disciples en Église.

La conviction profonde de l’Église d’aujourd’hui sur le caractère universel de l’action de l’Esprit a un impact majeur sur notre façon de vivre notre mission d’évangélisation. Le pape Jean-Paul II qualifie d’ailleurs l’Esprit-Saint de « protagoniste de la mission[8] ».  Dans son encyclique Dominum et Vivificantem, il affirme que l’Esprit est à l’œuvre toujours et partout,  même avant l’économie chrétienne[9]. Considérant notre caractère social, le pape a reconnu l’action de l’Esprit dans l’histoire et les sociétés, dans les cultures et les différentes traditions religieuses[10].

De là la compréhension de la vie missionnaire incluant une dimension de contemplation de la présence et de l’action de l’Esprit du Ressuscité chez tous ceux et celles à qui nous sommes envoyés proclamer la Bonne Nouvelle. Notre mission ne peut plus être à sens unique comme on a pu le comprendre autrefois; elle est plutôt un donner et un recevoir car chaque personne impliquée dans la rencontre apporte sa richesse, son expérience de l’Esprit à l’autre.

Avant de traiter de notre propre mission d’évangélisation, il nous faut donc souligner la mission de l’Esprit du Ressuscité, qui nous précède dans le monde. Nous n’apportons pas Dieu au monde : il y est bien avant nous. Il s’agit pour nous de rendre visible sa présence et son action. Nous sommes invités à le reconnaître, à l’accueillir et à collaborer avec lui qui poursuit la mission du Christ, mission qui est au service de la venue du Règne de Dieu.

Voilà le second élément important pour notre vision de l’évangélisation, ce rôle central qu’occupe le Règne de Dieu, proclamé et inauguré dans son mystère pascal. Bien sûr, Jésus n’a jamais défini ce Règne de Dieu qu’il proclame  mais les disciples ont compris que Jésus le rend présent à travers ce qu’il est, ce qu’il dit et ce qu’il fait.

La redécouverte du Règne de Dieu nous permet d’avoir une compréhension plus profonde de l’unité de la mission de l’Église et de la complémentarité des différentes approches qui caractérisent cette mission.

Parmi les éléments importants à mentionner :

  1. l’accueil et la ré-intégration de tous les marginalisés de sa société : pauvres, pécheurs, publicains, samaritains, étrangers, femmes. À chacun, Jésus offre de trouver sa place dans la communauté.
  2. La vie de prière de Jésus qui nous révèle un Dieu de miséricorde et d’amour, un Dieu qui n’a pas oublié les humains mais les appelle à entrer en communion avec Lui.
  3. L’attitude de Jésus devant la Loi juive est également importante : si Jésus est un fidèle observant de la Loi, pour Lui, elle n’est pourtant pas un absolu. Le seul absolu, c’est ce Dieu qui est Amour, miséricorde et pardon.
  4. Dans sa prédication, on ne trouve pas tellement l’annonce d’un châtiment, d’un jugement et d’une rétribution comme ça aurait été le cas chez Jean-Baptiste mais bien plutôt un message de pardon et la miséricorde.
  5. Les guérisons et les exorcismes accomplis par Jésus sont présentés comme signes de la présence du Règne de Dieu parmi nous et nous aident à saisir que le Règne de Dieu touche la personne humaine dans toutes ses dimensions, spirituelle, psychique et corporelle… On ne peut plus parler que du salut de l’âme…
  6. Jésus vient également changer le type de rapports qui se vivent entre membres de la communauté. Il ne s’agit plus de dominants et de dominés mais de frères et sœurs, prêts à se mettre au service des autres, prêts à donner leur vie pour que les autres vivent.
  7. Jésus, homme libre, nous invite à faire l’expérience de la liberté intérieure.

Tous ces éléments pris ensemble aident à saisir la richesse du Règne de Dieu,

inauguré par Jésus. On comprend que Jésus vient lutter contre toutes les formes du mal qui vont à l’encontre d’une vie humaine pleine, telle que Dieu la veut pour ses enfants.

Jésus proclame ce Règne dans tout son ministère et il l’inaugure définitivement dans son mystère de mort-résurrection ; le Ressuscité poursuit cette mission d’instaurer ce Règne et de préparer l’humanité à sa plénitude telle qu’offerte par le Père à la fin des temps.

3. Évangélisateurs d’espérance

 

Pour devenir des évangélisateurs, ça implique que les baptisés ont d’abord accueilli profondément cette Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, qu’elle les a touchés, transformés, qu’ils ont fait l’expérience de cette joie de croire, d’espérer. Sans cette joie et cette paix profonde qui peuvent résister à tous les désappointements et à toutes les déceptions dans l’expérience de vie ecclésiale, nous ne pouvons pas devenir des témoins crédibles de la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu.

Pour bien comprendre le « comment » de notre mission, la réalité de « sacrement », déjà utilisée à Vatican II pour parler de l’Église, « sacrement universel du salut », nous sera très utile. Le sacrement comprend les valeurs de « signe » et d’ « instrument ». Puisqu’ ici, nous parlons de personnes, membres de l’Église, peuple de Dieu, sacrement du Règne de Dieu, les théologiens contemporains préféreront parler de « symbole » et d’ « artisan » du Règne de Dieu.

Les évangélisateurs d’aujourd’hui sont appelés à être « symboles » de ce Dieu qui vient à l’humanité en Jésus-Christ, rendant visible son action dans notre monde.

Nous sommes alors renvoyés à toutes ces valeurs du Règne de Dieu, promues par Jésus : le dialogue, la promotion humaine, l’engagement pour la justice et la paix,

l’éducation et le soin des malades, l’assistance aux pauvres et aux petits, la liberté, le pardon, l’amour, le respect des autres, avec l’affirmation du primat de la transcendance et de la spiritualité[11].

Témoins de cet amour inconditionnel, gratuit, de Dieu révélé en Jésus-Christ, nous devenons « symbole », nous rendons visible l’Esprit du Ressuscité présent et agissant dans notre monde. Faisant la promotion des valeurs du Règne de Dieu présentes chez tant de nos frères et sœurs, nous devenons des « artisans » de ce Royaume. Cet amour gratuit implique le service du Règne de Dieu à l’œuvre dans le cœur de chaque personne. Cet amour gratuit devient le pré-requis pour que chacun de nos gestes, chacune de nos paroles deviennent vraiment signifiants pour les gens à qui nous sommes envoyés.

a.      « Aller vers… »

 

Comment être « symbole » et « artisan » de ce Règne de Dieu dans notre monde moderne? Il ne s’agit pas pour nous, engagés au Canada, de partir pour l’Afrique ou l’Asie, comme nos admirables missionnaires d’autrefois, mais il nous faut franchir les distances psychologiques et sociologiques qui nous séparent de ceux et celles à qui nous sommes envoyés. Il s’agit là d’un grand défi : mourir à des réalités qui nous sont familières pour nous ouvrir à un monde nouveau, assez différent de celui que nous avons connu. L’Esprit nous pousse à aller vers l’autre, à lui manifester cet amour inconditionnel de Dieu en l’aimant gratuitement, sans chercher à le récupérer pour notre propre intérêt personnel ou collectif, pour faire grandir le nombre de membres dans notre Église. Ces morts, ces conversions ont jalonné la vie de l’Église missionnaire depuis les tous débuts de l’Église[12].

Encore aujourd’hui, l’Esprit nous pousse à aller vers ce monde que plusieurs qualifieraient de « post-moderne » ; il est clair qu’il nous faudra mourir à certaines façons d’être Église. Nous ne pouvons nourrir une nostalgie pour le passé ; il faut faire face aux défis nouveaux que sont les questions touchant la justice et la paix, le développement durable et la sauvegarde de l’environnement, la rencontre des religions, les questions qui touchent le sens et la qualité de la vie.

Depuis Vatican II, l’Église a mieux compris comment elle est appelée à se mettre au service du Règne de Dieu : en proclamant la Bonne Nouvelle et en formant de nouvelles communautés chrétiennes mais également en faisant la promotion des valeurs évangéliques qui sont l’expression du Règne de Dieu[13].

Se rendre présent implique donc de chercher à découvrir l’autre, à le connaître dans ce qu’il est, dans sa culture, dans sa mentalité, dans sa recherche d’une vie humaine pleine, d’un sens profond à la vie. Nous sommes invités à accueillir les questions que portent nos frères et nos sœurs en humanité.

Ainsi, en allant vers les jeunes, on s’approche en s’intéressant à eux, à ce qui fait leur vie, leurs joies et leurs peines, leurs rêves et leurs désespoirs, mais également leurs engagements, leurs amours, leurs amitiés, leurs questions et leurs angoisses. Il faut donc reconnaître ceux et celles à qui nous nous adressons. Or, dans nos milieux, présentement, certains groupes souffrent de se sentir invisibles, non-reconnus dans l’Église : mentionnons en particulier les femmes, les minorités ethniques, les personnes homosexuelles, les pauvres. Ils peuvent exprimer du ressentiment par rapport à l’Église. Ils ont besoin d’un regard de respect et d’amour dont ils ont tellement envie[14].

Parfois, cette présence est la seule forme d’évangélisation possible. De fait, certains de nos contemporains ont développé une allergie devant tous les prêcheurs et toutes les formes de prédication. C’est d’ailleurs l’orientation adoptée par le bienheureux Charles de Foucauld : témoin silencieux de l’amour divin. Les Petits Frères et les Petites Sœurs de Jésus poursuivent leur mission dans la même ligne dans notre monde d’aujourd’hui.

Nos contemporains demeurent sensibles à l’attention portée aux personnes, à la charité envers les pauvres, les petits, les personnes qui souffrent. Qu’on se rappelle l’impact de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta, de l’abbé Pierre et de Jean Vanier sur nos contemporains.

b.      Entrer en dialogue

L’évangélisation prend maintenant la forme du dialogue. Ça signifie la fin d’un monologue où nous avons cru avoir l’exclusivité de la parole. Le dialogue implique que l’évangélisateur sache vraiment écouter l’autre, non pour le confronter et le convaincre rationnellement du bien-fondé de notre point de vue – ce fut tenté sans succès pendant des siècles – mais bien dans l’esprit de reconnaître que le partenaire dans le dialogue a quelque vérité à partager, quelque bonté à offrir, vérité et bonté, fruits de l’action de l’Esprit du Ressuscité.

Il n’est pas exclus que certains de nos partenaires dans le dialogue soient plus sous l’influence de l’Esprit que nous-mêmes, disciples engagés à la suite du Ressuscité.

L’important pour chacune des personnes engagées dans le dialogue, c’est la recherche de ce Dieu dont nous faisons l’expérience. S’ouvrir à la vérité et à la bonté de l’autre peut ouvrir le cœur de l’autre à reconnaître la vérité et la bonté dont nous voulons témoigner.

Rencontrant les jeunes d’aujourd’hui, il est nécessaire de reconnaître les valeurs fondamentales qui marquent leurs vies : la recherche du bonheur, de la liberté et de l’authenticité. Il nous faut accepter ces valeurs, tout en les considérant d’un œil critique.

Le dialogue est une méthode et un moyen en vue d’une connaissance et d’un enrichissement réciproque. Nous comprenons mieux aujourd’hui que cette activité dialogale ne s’oppose pas à la mission ; elle en est même une expression. Si on se met ensemble à l’écoute de l’Esprit du Ressuscité qui parle, on est déjà engagé dans l’œuvre d’évangélisation. Nous nous disposons à accueillir plus profondément ce Dieu qui nous parle et nous rejoint.

Le dialogue est exigé par ce profond respect envers tout ce que l’Esprit est en train d’opérer chez notre partenaire. Ainsi, nous découvrons ces « semences du Verbe »,  ces rayons de lumière qui illuminent tous les humains. Semences qu’on peut trouver tant chez les individus,  dans les différentes communautés culturelles et religieuses que dans l’expérience humaine accumulée.

Ce dialogue auquel nous invite l’Esprit du Christ est fondé sur la foi, l’espérance et la charité. Il est animé par ce désir de découvrir et de reconnaître les signes de l’action du Christ ressuscité et de l’action de son Esprit. Ce dialogue nous permet également d’approfondir notre propre identité de disciples de Jésus dans la communauté catholique et de témoigner de l’intégralité de la Révélation. L’expérience du dialogue de l’Église dans les dernières décennies nous a renvoyés à notre foi avec de nouvelles questions et nous a permis de mieux comprendre certains aspects du Mystère chrétien.

Ce dialogue suppose qu’on demeure cohérent avec ses propres traditions et ses convictions de foi. L’important est de bien former les baptisés à vivre dans ce nouveau contexte de pluralisme religieux. Nous devons être ouverts aux convictions des autres pour les bien comprendre sans dissimulation ou fermeture. Le dialogue doit se dérouler dans la vérité, la loyauté, l’humilité.

Dans le dialogue, on ne peut relativiser ce que nos partenaires dans le dialogue considèrent comme un absolu. Il nous faut reconnaître la vérité et la bonté présentes chez les autres. On ne peut affirmer la vérité et la bonté de notre foi en dénigrant celle des autres. Le dialogue nous invite également à ne pas absolutiser ce qui est relatif dans notre propre foi. Il nous faut respecter la « hiérarchie des vérités » dans la foi dont nous voulons rendre compte. Ce dialogue se développe selon des formes multiples :

  1. le dialogue de vie souligne que nous vivons dans un contexte de plus en plus pluraliste, côtoyant de plus en plus des membres des autres traditions religieuses ou des personnes inspirées par une autre approche philosophique ;
  2. le dialogue d’action invite à témoigner des valeurs qui nous animent et à collaborer avec ceux qui ne partagent pas notre foi au développement intégral des personnes pour un monde de vérité, d’honnêteté et de justice ;
  3. le dialogue comme communication des expériences spirituelles ;
  4. l’échange entre experts ou représentants officiels, tant au niveau de l’œcuménisme chrétien qu’à celui du dialogue interreligieux.

L’Église s’est mise au dialogue, il y a maintenant plus de quarante ans. Tous ses efforts n’ont pas été couronnés de succès. Mais l’Esprit nous pousse à poursuivre dans cette direction : tout un mur de méfiance construit au cours des siècles demande d’être mis à bas. L’Église est convaincue qu’elle est entrée en dialogue avec le monde sous l’inspiration de l’Esprit. C’est parfois la seule forme d’évangélisation possible. Condamnés à vivre ensemble sur cette planète, le dialogue demeure essentiel. C’est sûrement aujourd’hui un des chemins vers le Règne de Dieu inauguré par Jésus, même si les fruits viennent à l’heure où Dieu le veut bien.

c.       S’engager pour la justice

 

Une autre manière pour nous d’être « symbole » et « artisan » du Règne de Dieu, c’est tout l’engagement pour la justice, pour la transformation de notre monde selon le projet d’amour de Dieu. Dès 1971, les participants au Synode romain affirmaient que « le combat pour la justice est une dimension constitutive de notre mission d’annoncer la Bonne Nouvelle ». Tout ce domaine de l’enseignement social de l’Église a été bien synthétisé dans le « Compendium[15] » publié par le Vatican dans les dernières années. Le pape Benoît XVI vient de publier son encyclique sociale, Caritas in veritate sur le développement humain intégral… tenant compte de la situation actuelle. Pourtant, cette dimension de l’Évangile demeure encore souvent le « secret le mieux gardé » dans l’Église. Plusieurs des fidèles les plus engagés en Église, même dans les mouvements et les associations, n’arrivent pas encore à faire le lien entre le Seigneur Ressuscité, l’Évangile et cet engagement pour la justice.

Dans son exhortation post-synodale sur la vocation et la mission des laïcs, Christifideles Laici, le pape Jean-Paul II a brossé le tableau de plusieurs domaines où les disciples de Jésus peuvent s’engager au service des personnes et de la communauté, témoignant ainsi de la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu : il est intéressant de noter comment les mouvements et les associations présentes sont souvent déjà à l’œuvre dans ces domaines.

  1. promouvoir la dignité de la personne : cette dimension se retrouve au cœur des priorités de l’Association Catholique Canadienne de la Santé et de l’OCVF (Organisme catholique pour la Vie et la Famille). Foi et Lumière vient révéler le don de la personne handicapée intellectuelle aux familles, aux Églises et à la société. La Société Saint-Vincent de Paul veut promouvoir la dignité des démunis. La Ligue des femmes catholiques du Canada (CWL) reconnaît la dignité humaine de toute personne, où qu’elle soit et cherche à rehausser le rôle de la femme dans l’Église et dans la société.
  2. respecter le droit inviolable à la vie : les Chevaliers de Colomb accordent une priorité à la protection de la vie, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, de même que l’OCVF. La Ligue des femmes catholiques du Canada veut protéger le caractère sacré de la vie humaine.
  3. s’engager pour la liberté religieuse : la Ligue catholique des femmes du Canada veut contribuer à la compréhension et à la croissance de la liberté religieuse.
  4. s’engager pour la famille, ce que veulent faire les Chevaliers de Colomb, en particulier grâce aux polices d’assurance-vie en vigueur. Dans les dernières années, ils se sont engagés à promouvoir la définition traditionnelle du mariage. L’OCVF cherche à bâtir une culture de la vie et une civilisation de l’amour, grâce à la promotion du respect de la vie et de la dignité humaine, et du rôle essentiel de la famille. La Communauté du Chemin Neuf travaille principalement pour le couple et la famille.
  5. dans les formes de bénévolat :
  6. dans le monde politique :
  7. dans la vie socio-économique : Développement et Paix cherche à appuyer les actions des peuples du Sud pour qu’ils puissent prendre leur destin en main et sensibiliser les gens d’ici sur les questions liées au déséquilibre nord-sud. La Société Saint-Vincent de Paul se met au service des pauvres et cherche à alléger la souffrance des personnes et à promouvoir la dignité et l’intégrité des personnes. La Ligue catholique des femmes veut faire la promotion de la justice sociale.
  8. la vie culturelle. La Pastorale universitaire catholique canadienne veut apporter l’Évangile au cœur du monde académique. L’Association canadienne des étudiants catholiques encourage les étudiants à exercer un leadership chrétien, à prier et à poser des gestes prophétiques dans le contexte de l’éducation post-secondaire. Leur but : « Témoins de l’Évangile dans (sic) le campus ». L’Organisation Communication et Société fait la promotion de la qualité, du sens critique et des valeurs éthiques et spirituelles dans le monde des média et des communications, dans une perspective chrétienne.

C’est dire que déjà, dans l’Église canadienne, les associations et les mouvements sont engagés dans plusieurs des champs d’activité indiqués par le pape Jean-Paul II. Plusieurs membres des mouvements et associations sont engagés à titre de bénévole pour prêter main-forte aux autres membres du groupe. Dans les mouvements et associations représentés ici, on trouve assez peu d’éléments pour soutenir l’engagement des baptisés dans le champ de la vie politique.

d.      Partager la Bonne Nouvelle

 

Lorsque les cœurs s’ouvrent à accueillir la Bonne Nouvelle, les disciples peuvent annoncer l’Évangile en paroles, formulant l’invitation à la conversion et à la foi. Le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ est un Dieu de la communication en vue de la communion. Puisque Dieu entre en communication avec nous, nous sommes invités à communiquer les uns avec les autres. C’est la conviction de Paul : « Malheur à moi si je n’évangélise pas ». L’Évangile à proclamer est un message de bonheur, non seulement pour l’avenir, mais il touche également le présent. Notre annonce a pour objet une réalité en train de se produire sous nos yeux : ce Règne de Dieu inauguré par Jésus.

Dans nos milieux, il faut tenir compte d’une première annonce déjà faite dans le passé. Dans nos milieux autrefois catéchisés, nos frères et sœurs en humanité d’un certain âge croient bien connaître le message que nous offrons – ils l’ont entendu depuis leur tendre enfance – et ne croient pas nécessairement qu’il s’agit d’une Bonne Nouvelle. Pour certains, malheureusement, notre message se limiterait à des défenses, des prescriptions surtout de nature sexuelle. Ils ont pu communiquer cette conviction à des générations plus jeunes. Notre défi est de montrer que la Nouvelle que nous portons est Bonne pour vivre libres et heureux. Sous l’action de l’Esprit, il nous faut savoir discerner quand les cœurs sont à nouveau ouverts pour accueillir notre message.

Il faut redire ici que notre monde a beaucoup plus besoin de témoins que de maîtres, d’expérience que de doctrine, de vie et de faits plutôt que de théorie. Il ne s’agit pas tellement de récupérer les personnes pour faire grandir l’Église mais bien de les aider à se mettre en marche vers la plénitude du Règne de Dieu.

Dans l’annonce de l’Évangile, il faut noter l’importance des média. Nous avons à y témoigner de ce qui nous habite et nous fait vivre. Ça ne peut être qu’une question de technique mais il est pourtant nécessaire de consulter les professionnels des média : il nous faut lutter contre l’image souvent faite de nous dans les nouveaux moyens de communication. Notre Église apparaît souvent plus dogmatique que vivifiante, plus contraignante que libérante, plus soucieuse d’orthodoxie que servante de l’Évangile. Il ne s’agit pas bien sûr d’atténuer la vigueur du message mais bien de se centrer sur ce qu’il y a de plus pertinent, de plus vital, de plus dynamique pour ceux et celles à qui nous nous adressons.

e.       dans un langage signifiant pour les gens d’aujourd’hui

 

À noter également le défi que représente la tâche de l’ « inculturation », c’est-à-dire de tenir compte de la culture des personnes à qui le message s’adresse. C’est un pré-requis pour que notre message soit compris et reçu. Ceux et celles qui accueilleront la Bonne Nouvelle et deviendront disciples de Jésus apporteront leur réponse à partir de ce qu’ils sont, de la culture qui est la leur et ils reformuleront le message dans le langage qui leur est propre.

Conclusion

 

Le but de notre mission est de collaborer avec l’Esprit du Christ ressuscité, déjà à l’œuvre dans notre monde, soutenant les personnes et les communautés dans leur marche vers la plénitude de ce Règne de Dieu, inauguré par le Christ, dans son mystère pascal. Les disciples du Christ, membres de l’Église, reconnaissent cette mission d’être symboles et artisans de ce Règne de Dieu dans le milieu qui est le leur.

+Claude Champagne, o.m.i.
évêque d’Edmundston
4 décembre 2009

ATELIERS

1. Est-ce que l’association, le mouvement que je représente reconnaît l’évangélisation comme mission de chacun(e) des baptisé(e)s, membre de notre groupe ?

 

2. Quels sont les dimensions de l’évangélisation qui sont déjà vécues dans le mandat, les projets et priorités de notre association, de notre mouvement ?

 

3. Comment pourrions-nous aider nos membres à mieux comprendre cette tâche qui est la nôtre ?

 

4.  Comment pouvons-nous soutenir nos membres dans cette œuvre d’évangélisation ? Y a-t-il des activités qui peuvent se réaliser ensemble ?

 

 

 


[1] Les membres de l’ancienne Commission épiscopale pour les relations avec les associations du clergé, de la vie consacrée et du laïcat avaient jugé bon de faire porter le forum 2008 sur le thème de l’évangélisation, « évangélisateurs d’espérance dans le monde moderne », s’inspirant également de l’encyclique du pape Benoît XVI « Spe Salvi », datée du 30 novembre 2007 et qui porte sur la vertu théologale de l’espérance. Le Forum ne s’est pas tenu, faute de participants

[2] Je me suis servi d’abord de la liste des participants au forum de 2006 où chaque association et mouvement se présentait au groupe.

[3] 1. favoriser un développement individuel et spirituel collectif ; 2. promouvoir l’enseignement de l’Église catholique ; 3. donner le bon exemple d’un chrétien idéal à la maison et dans la société ; 4. protéger le caractère sacré de la vie humaine ; 5. rehausser le rôle de la femme dans l’Église et la société ; 6. reconnaître la dignité humaine de toutes personnes ; 7. défendre et faire respecter l’éducation et les valeurs chrétiennes dans le monde moderne ; 8. contribuer à la compréhension et à la croissance de la liberté religieuse, de la justice sociale, de la paix et de l’harmonie.

[4] Cf. les associations suivantes :

  • Association Canadienne de programmes de formation aux ministères (1980) : training young adults to evangelize (Nouvelle Évangélisation sur le Terrain); CAMP(=Canadian Association of Ministries Programs) soutient, forme, habilite le peuple de Dieu à servir dans le ministère qui comprend l’évangélisation, les secours de toutes sortes, l’éducation de la foi, l’engagement social, la célébration.
  • Net ministries of Canada (1994) :  
  • le Canadian Catholic Campus Ministry (1946) : « to bring the Gospel of Christ to the academic world ». (Pastorale universitaire catholique canadienne).
  • Canadian Catholic Student Association (1946) a pour devise: ‘Témoins de l’Évangile dans le campus...(Association canadienne des étudiants catholiques).
  • Le CCO Mission Campus (Catholic Christian Outreach) veulent aider à l’évangélisation dans les campus universitaires, y proclamant la foi et formant des leaders pour la nouvelle évangélisation. On vise à proclamer clairement la Bonne Nouvelle aux étudiants.
  • Le Chemin catéchuménal promeut la mission ad gentes dans les pays d’ancienne tradition chrétienne.
  • Le Renouveau charismatique catholique francophone du Canada a parmi ses objectifs : ‘une évangélisation sous la mouvance de l’Esprit, y compris l’évangélisation des distants, la nouvelle évangélisation des chrétiens de nom seulement ainsi que la christianisation de la culture et des structures sociales.

[5] JEAN-PAUL II, Christifideles laici, no. 29.

[6] Cf. Discours de BENOÎT XVI, 24 mars 2007 aux membres de Communion et Libération ; 8 février 2007. aux membres des mouvements des Focolari et de Sant’Egidio.

[7] Journée Pastorale de l’Assemblée plénière 2007, Nouvelle Évangélisation : nouveaux défis pour la Mission de l’Église au Canada.

[8] JEAN-PAUL II, La mission du Christ rédempteur, (1991) ch. III. Le « protagoniste » est l’acteur principal dans une pièce de théâtre.

[9] JEAN-PAUL II, Dominum et Vivificantem, no. 53.

[10] JEAN-PAUL II, La mission du Christ rédempteur, no. 28.

[11] La mission du Christ rédempteur, no. 20.

[12] Voir ma présentation d’octobre dernier à l’Assemblée plénière de la Conférence Épiscopale.

[13] La mission du Christ rédempteur, no. 20.

[14] Voir benoît xvi, Deus est Caritas, no. 18.

[15] conseil pontifical « justice et paix », Compendium de la doctrine sociale de l’Église, 2005.

Associations catholiques et mouvements participant

Alliance catholique canadienne de la santé
Catholic Health Alliance of Canada

Association canadienne de programmes de formation aux ministères
Canadian Association of Ministries Program

Association canadienne des étudiant(e)s catholiques
Canadian Catholic Student Association

Association des Scouts du Canada
Scouts Canada

Association of Roman Catholic Communicators in Canada

Catholic Women’s League of Canada
La Ligue des femmes catholiques du Canada

CCO Mission – Campus
Catholic Christian Outreach

Chemin néocatécuménal
Neocatechumenal Way

Chevaliers de Colomb
Knights of Columbus

Christian Life Community – English Canada

Communauté du Chemin Neuf
The Chemin Neuf Community

Communauté nationale de Vie chrétienne du Canada français
National Christian Life Community of French-Canada

Communications et Société Inc.

Conférence canadienne des instituts séculiers
Canadian Conference of Secular Institutes

Conférence religieuse canadienne
Canadian Religious Conference

Foi et lumière
Faith and Light

La Vie Montante – Mouvement de personnes retraitées ou préretraitées
La Vie Montante nationale (Ascending Life Canada)

Le Conseil autochtone catholique du Canada (CACC)
Canadian Catholic Aboriginal Council (CCAC)

Le Service du Renouveau Charismatique du Canada
Catholic Charismatic Renewal Services Committee

L’Ordre souverain militaire de Malte, de Saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte – association canadienne
The Sovereign Military Hospitaller Order of St. John of Jerusalem, of Rhodes and of Malta – Canadian Association

NET Ministries of Canada et Les équipes NET
NET Ministries of Canada

Ordre des Filles d’Isabelle
Daughters of Isabella

Organisme catholique pour la vie et la famille
Catholic Organization for Life and Family

Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix
Canadian Catholic Organization for Development and Peace

Pastorale universitaire catholique canadienne
Canadian Catholic Campus Ministry

Renouveau charismatique catholique francophone du Canada

Société de Saint-Vincent de Paul
Society of Saint Vincent de Paul

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Rapport sommaire du Forum de la CECC avec les mouvements et associations

Rapport sommaire
FORUM de la CECC avec les MOUVEMENTS et ASSOCIATIONS
La Parole de Dieu : identité et mission
Les 3-4 décembre 2009

forum09_1ACCUEIL ET PRÉSENTATIONS
Les représentants de 29 mouvements se réunissent dans le cadre du 11e Forum de la CECC avec les mouvements et associations, sous l’égide du Comité épiscopal permanent pour les relations avec les associations et les mouvements catholiques. Le groupe est accueilli dans les bureaux de la Conférence des évêques catholiques du Canada, à Ottawa, par le président du Comité permanent et par les membres du Conseil permanent de la CECC. Après quoi, les délégués se présentent, ainsi que leurs organismes respectifs, et partagent leurs réflexions sur les questions qu’on leur a posées au sujet de la place de la Parole de Dieu dans leur mandat et de la façon dont leur organisme répond à l’appel chrétien de proclamer la Parole de Dieu.

Monseigneur Durocher évoque les priorités de la CECC et explique la restructuration qui s’est opérée depuis quelques années à la Conférence. La CECC, fait-il observer, compte désormais trois commissions nationales (Doctrine, Justice et Paix, et Unité chrétienne, les relations religieuses avec les Juifs et le dialogue interreligieux), deux commissions sectorielles (Liturgie et Éducation chrétienne) plus le Comité permanent pour les relations avec les associations catholiques et les mouvements et deux nouveaux comités permanents pour les Communications et les Relations avec le gouvernement fédéral. Il décrit les priorités de chaque commission, telles que formulées par l’Assemblée plénière annuelle.

CONVERSATION AVEC LES ÉVÊQUES
Les représentants sont ensuite invités à faire part aux évêques des obstacles, des défis, des réussites et des espoirs de leurs organismes et à préciser comment les évêques pourraient les aider dans le travail qu’ils font. On signale les défis rencontrés dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la traite des personnes, des questions autochtones, de l’environnement, de la prédication, du travail bénévole et du recrutement. En résumé, évêques et participants soulèvent les points que voici:

  • Il y a moins de vingt personnes au Canada qui travaillent en éthique catholique de la santé dans des établissements de santé catholiques: cette profession à risqué élevé a besoin de l’aide et du soutien des évêques.
  • Le système d’éducation catholique est souvent pour certaines familles leur seul lieu de contact avec l’Église. Il s’impose donc d’encourager de jeunes catholiques solides à s’engager dans la carrière de l’enseignement.
  • Un autre problème se pose en éducation: la possibilité de perdre les subventions publiques pour le système scolaire catholique. Monseigneur Durocher confirme l’engagement des évêques de l’Ontario pour les écoles catholiques; cependant, comme l’école est de juridiction provinciale, les défis sont différents d’un bout à l’autre du Canada.
  • La Commission pour la Justice et la Paix de la CECC prépare un texte sur la traite des personnes en lien avec les Jeux olympiques de 2010. Monseigneur Gordon parle d’une conférence de presse conjointe sur la question, tenue par le Dialogue épiscopal anglican-catholique, et d’une lettre sur la traite des personnes publiée par les évêques de Colombie-Britannique et du Yukon.
  • Au sujet des questions autochtones, Monseigneur Champagne explique que la CECC a offert son soutien et exprimé le désir de collaborer avec la Commission Vérité et Réconciliation. Comme les questions relatives aux Premières Nations ont un caractère prioritaire pour la Conférence, on a créé un nouveau poste de conseiller aux relations autochtones. Monseigneur Gordon explique au groupe que l’Assemblée des évêques catholiques de l’Ouest s’est dotée d’un comité permanent pour étudier les conditions du ministère auprès des Premières Nations.
  • La Commission pour la Justice et la Paix a publié un message pastoral sur l’environnement en 2008. Monseigneur Durocher explique que souvent, lors de congrès internationaux tels le Sommet du G20 ou le Sommet de Copenhague, l’Église catholique collabore avec d’autres Églises chrétiennes et intervient dans le cadre d’une coalition.
  • Un des problèmes relevés par le Synode sur la Parole de Dieu a trait à la qualité de la prédication dominicale en paroisse; elle manque de vie et de concret. Monseigneur Durocher explique que cette crise illustre le besoin de formation permanente pour tous les prédicateurs.
  • Les représentants expriment leurs inquiétudes face à la pénurie de bénévoles et de membres dans les divers mouvements et associations. On fait aussi appel aux évêques pour répondre aussi bien à la pénurie de personnel qu’au besoin de soutien financier.
  • On demande aux évêques de faire preuve de bienveillance et d’ouverture quand ils sont approchés par divers mouvements et associations. Les groupes font part des difficultés que leur cause le fait que les catholiques et les prêtres diocésains connaissent mal le travail qu’accomplissent certains mouvements et associations. On apprécierait grandement une plus profonde compréhension de la part des prêtres et des encouragements aux fidèles pour les inciter à se familiariser avec le travail qui se fait et à participer aux réunions et aux événements.

À la fin de l’après-midi, les participants se rendent à la paroisse Sacré-Cœur, au centre-ville d’Ottawa, pour la suite du Forum.

forum09_2MONSEIGNEUR PRENDERGAST. Réflexion sur le Synode sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église
Monseigneur Prendergast est l’un des six délégués de la CECC à avoir participé à Rome, en octobre 2008, au Synode des évêques sur la Parole de Dieu. Après avoir présenté un diaporama reflétant son expérience, les événements et l’atmosphère du Synode, il explique la méthode de travail suivie au Synode : on ne s’est pas contenté de discuter sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église mais on a prié avec l’Écriture. La Lectio divina, en particulier, est devenue un des grands thèmes du Synode. Dans le travail d’élaboration du document final du Synode, on a fait ressortir quatre aspects de la Parole de Dieu: la voix, le visage, la maison et la route. Dieu a une voix : Dieu écrit à son peuple une lettre d’amour, qu’il s’agit pour nous d’écouter; ce serait une grande richesse pour l’Église si chaque personne sentait que la Parole de Dieu lui est adressée à elle, personnellement. Dieu a un visage, devenu visible pour nous en Jésus. Dieu demeure dans la maison qu’est la communauté, l’Église : cette maison accueille tout le monde, sans exception. Dieu suit une voie, il nous guide le long d’une route qui va d’une extrémité à l’autre de la terre, et il rejoint tous ceux et celles qui recherchent la paix, l’espérance, la justice et la réconciliation. Les participants sont invités à partager leurs réactions et leurs expériences personnelles en lien avec le Synode et avec la façon dont la Parole de Dieu les touche personnellement ou dans le cadre de leur mouvement. On signale notamment l’influence de la Lectio divina et le caractère inspirant du travail accompli par le Synode.

PRIÈRE ET CÉLÉBRATION
La première journée se conclut par la prière du soir après la Liturgie des heures. Le lendemain matin, les participants se rassemblent à l’église Sacré-Cœur pour commencer leur journée par la célébration de l’Eucharistie.

COMMUNICATION PRINCIPALE DE MONSEIGNEUR CHAMPAGNE. Évangélisateurs d’espérance dans le monde moderne
Traitant du thème La Parole de Dieu, identité et mission, Monseigneur Champagne convie les participants à une compréhension approfondie de la mission qui est la nôtre de proclamer la Bonne Nouvelle, mission qui fait de nous des messagers et des évangélisateurs. En petits groupes, on regarde comment chacun des organismes considère que l’évangélisation fait partie de la mission de ses membres, de son mandat, de ses projets et de ses priorités. Les représentants des mouvements et associations se demandent aussi comment aider leurs membres à mieux comprendre la mission et comment les appuyer dans leur travail d’évangélisation. Il ressort nettement des ateliers que l’évangélisation est une activité centrale pour les associations et mouvements, et que les membres doivent travailler ensemble et se soutenir les uns les autres dans leur effort commun. Monseigneur Champagne relève que la mission n’est pas l’affaire exclusive des ministres ordonnés: les mouvements et associations jouent un rôle vital pour affronter les nombreux défis que pose aujourd’hui la société.

On exprime à plusieurs reprises le désir de rester en contact après le Forum. Jonas Abromaitis, conseiller principal de la CECC pour les affaires ecclésiales et les relations interreligieuses, encourage le groupe à utiliser le Comité permanent pour les relations avec les associations et les mouvements catholiques comme portail et voie de communication entre les différents mouvements et associations et avec la Conférence épiscopale.

PANEL. Proclamer l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui
Les représentants de quatre mouvements/associations présentent leur témoignage personnel sur ce que cela signifie pour eux, en tant que membres de leurs organismes respectifs, de proclamer l’Évangile.

  • Pour le groupe Catholic Christian Outreach (Mission Campus), le besoin de proclamer l’Évangile sur les campus est évident car il y a beaucoup de confusion au sujet de Jésus. Proclamer l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, c’est être animé par une profonde espérance pour le monde et avoir compris qu’une personne peut faire beaucoup pour changer les choses.
  • À Vie Chrétienne du Canada, on prend le temps de s’arrêter et de se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pendant les réunions. Les membres étudient un passage de l’Écriture, qu’ils examinent du point de vue de chacun; suivent un temps de silence puis une période de partage sur ce qui en ressort pour le groupe; ces exercices montrent bien que la Parole de Dieu rejoint chacune et chacun personnellement.
  • Le délégué du Conseil canadien du Renouveau charismatique partage son expérience de conseiller en orientation dans une école secondaire et donne l’exemple d’un adolescent en difficulté qui a changé de vie en acceptant de faire une place à Dieu dans sa vie.
  • Enfin les délégués du World Wide Marriage Encounter (WWME) racontent comment ce mouvement leur a fait prendre conscience que c’est Dieu qui les avait appelés comme couple, et comment ils ont redécouvert ce qui les avait d’abord attirés l’un vers l’autre. Même si le WWME s’adresse d’abord aux couples, prêtres, religieuses et religieux connaissent souvent aussi, au début de leur vocation, une joie analogue à celle des nouveaux mariés, à laquelle succèdent avec le temps découragement et désenchantement. Le WWME les aide à redécouvrir la source de leur vocation, à retremper leur espérance et leur amour pour leurs fidèles.

forum09_3Les participants au Forum sont ensuite invités à se diviser en petits groupes pour discuter de ce que représente, dans leur vie personnelle, le fait de proclamer l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. Comment sommes-nous appelés personnellement à être messagers de la Bonne Nouvelle? Comment notre mouvement/association est-il appelé à proclamer la Bonne Nouvelle?

TABLE RONDE. En quoi les évêques et les mouvements/associations présents peuvent-ils s’entraider à proclamer la Bonne Nouvelle?
Cinq panelistes sont ensuite appelés à exposer brièvement comment les évêques, les mouvements et les associations peuvent s’entraider à proclamer la Bonne Nouvelle. Après quoi, on invite les membres du public à participer à l’échange.

  • La déléguée de l’Alliance catholique canadienne de la santé souligne l’importance de restaurer la place de l’Écriture dans notre vie et de l’incorporer à notre discernement sur nos problèmes moraux les plus difficiles. Dans le domaine de la santé, la théologie morale catholique vit un problème du fait de la prédominance accordée aux questions liées à la reproduction et à la sexualité, presque à l’exclusion des autres enjeux. Par ailleurs, en abordant les problèmes concernant la fin de la vie, le Projet de loi C-384 notamment, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas de traiter la douleur et les symptômes physiques mais plutôt de contrôler la souffrance humaine, la crainte d’être atteint dans sa dignité et la peur de devenir un fardeau. La déléguée ajoute qu’elle a siégé à la Commission diocésaine sur les agressions sexuelles de l’archidiocèse de St. John’s et qu’elle a travaillé au comité de la CECC qui a produit De la souffrance à l’espérance. Elle demande aux évêques d’intervenir publiquement et de s’attaquer aux problèmes systémiques qui sont à l’origine des cas d’agression sexuelle.
  • La déléguée de la Pastorale universitaire catholique au Canada explique qu’il y aurait pour les mouvements et associations plusieurs façons de s’entraider. Elle souligne la nécessité d’être inclusifs et de travailler ensemble pour en finir avec l’exclusion.
    • Le délégué de la Communauté du Chemin neuf explique qu’avant ce Forum, il n’avait jamais vu autant d’ouverture et de dynamisme chez des évêques. Il évoque aussi l’impact du Synode sur la Parole de Dieu, qui crée un lien spirituel puissant entre les évêques et le laïcat.
  • Au Forum, Monseigneur Gordon a été frappé, inspiré par la profondeur de l’engagement et de l’amour de l’Évangile et de l’Église, locale et universelle. Il a été grandement impressionné par le souci de croissance chez les personnes présentes, et en particulier par les jeunes qui sont prêts à aller de l’avant sans attendre que l’initiative vienne des évêques ou du clergé.
  • Monseigneur Fournier souligne que le message de la première intervenante à propos des agressions sexuelles commises par des membres du clergé a bien été entendu, et que cette demeure une priorité. La Parole de Dieu, partagée pendant le Forum, est au cœur de notre travail d’évangélisation. En conclusion, il confirme que ce qui a été mis en commun tout au long du Forum n’a pas seulement été reçu par les évêques présents mais que le message sera transmis à tous les évêques du Canada.

Rapport préparé par Tracy Blain