Résumé de l’Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini par la Commission pour la doctrine, Conférence des évêques catholiques du Canada

mercredi le 17 novembre 2010
Verbum Domini - Exhortation apostolique sur la parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église
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L’Exhortation apostolique de Sa Sainteté le pape Benoît XVI donne suite aux délibérations de l’Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Le Synode avait notamment pour but de vérifier la mise en œuvre des indications données par Vatican II, en particulier dans sa constitution dogmatique Dei Verbum, et de faire face aux nouveaux défis qui se posent aujourd’hui. L’un des principaux objectifs de Verbum Domini consiste à poursuivre ce travail (3).

Le document comprend trois parties intitulées respectivement Verbum Dei (La Parole de Dieu), Verbum in Ecclesia (La Parole dans l’Église) et Verbum Mundo (La Parole annoncée au monde). Le présent résumé veut dégager quelques points saillants de Verbum Domini, en particulier ceux qui peuvent avoir une portée pastorale. Il ne prétend aucunement résumer l’ensemble de l’Exhortation apostolique, qui traite de beaucoup plus de thèmes qu’on n’en peut présenter ici.

Première Partie.  Verbum Dei (La Parole de Dieu)

La Première Partie commence par souligner l’importance de l’Incarnation, par laquelle le Verbe s’est fait chair. Elle aborde ensuite brièvement la réponse de l’homme à Dieu qui parle avant de traiter longuement de l’interprétation de l’Écriture.

L’Incarnation du Verbe, expression ultime de la complaisance de Dieu,  est au cœur du mystère chrétien (nos 11-12). Quand nous parlons de « la Parole », le Verbe est toujours le premier référent. Dans le Christ, Verbe incarné, Dieu s’est révélé complètement (nos 12, 14).

Mais l’Incarnation signifie aussi que la révélation de Dieu advient dans l’espace et le temps. Aussi le concept d’« inspiration »  suppose-t-il que la révélation comporte à la fois une dimension humaine et une dimension divine (no 19). En interprétant l’Écriture, nous ne pouvons perdre de vue les notions d’ « inspiration » et de « vérité » (no 19).

Le fait que la Parole de Dieu s’adresse à l’être humain (no 23) signifie que Dieu l’appelle à entrer en dialogue avec lui. Marie est l’exemple par excellence de l’écoute croyante de la Parole de Dieu (no 27). Elle nous donne aussi l’exemple de la familiarité avec cette Parole. « Étant profondément pénétrée par la Parole de Dieu, elle peut devenir la mère de la Parole incarnée » (no 28).

L’interprétation de l’Écriture dans l’Église

Dans cette section, le Pape Benoît souligne qu’il ne peut y avoir d’interprétation adéquate de l’Écriture en dehors d’une foi vivante ou à l’extérieur de la famille croyante qu’est l’Église. L’interprétation n’est pas une affaire personnelle à l’écart de la communauté, car « la Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint » (no 30). Livre de l’Église, la Bible ne saurait être lue correctement en marge de l’Église.

Au sujet des méthodes d’exégèse, le Pape Benoît s’inspire de Dei Verbum no 12 pour formuler des principes à suivre dans l’interprétation de l’Écriture. La méthode historico-critique est utile car la foi chrétienne porte sur l’histoire « et pour cela elle est à étudier avec les méthodes de la recherche historique sérieuse » (no 32). Mais, à elle seule, cette méthode ne suffit pas car les exégètes n’atteignent leur vrai but « que lorsqu’ils ont éclairé le sens du texte biblique comme parole actuelle de Dieu » (no 33).

Pour apprécier la dimension divine de la Bible, il faut respecter trois critères : 1° interpréter le texte en portant attention à l’unité de toute l’Écriture (ce qu’on appelle « l’exégèse canonique »), 2° tenir compte de la Tradition de l’Église et 3° respecter l’analogie de la foi (no 35). Même si plusieurs exégètes catholiques maîtrisent la méthode historico-critique, il faut accorder plus d’attention à la dimension théologique des textes bibliques, conformément à ces trois critères.

Le danger, c’est un « dualisme qui apparaît aujourd’hui dans l’approche des Saintes Écritures » et qui sépare le divin de l’humain. Malheureusement, cette tendance «touche aussi les niveaux académiques les plus élevés» (no 35). Ce dualisme finit par reléguer le sens du texte dans le passé sans qu’il ait de pertinence pour nous aujourd’hui. Ce déficit de foi ouvre souvent la voie à une « herméneutique sécularisée » qui tend à rejeter les éléments miraculeux ou divins de l’Écriture et même à répandre le doute sur l’historicité d’événements comme la résurrection du Seigneur (no 35). Cette herméneutique déficiente peut compromettre gravement la clarté des homélies et la formation des séminaristes (no 35).

L’unité de la Bible se fonde sur le fait qu’en dernière analyse toute l’Écriture renvoie au Christ, qui est la Parole unique (nos 38-39). Ce qui veut dire que l’Ancien Testament demeure valide pour les chrétiens même s’il a trouvé son accomplissement (no 40). La relation étroite entre l’Ancien et le Nouveau Testaments doit être mise en évidence tant dans la pastorale que dans l’enseignement (no 41).

Une « herméneutique de la foi » doit résister à la fois au réductionnisme incroyant et au fondamentalisme. Afin de favoriser cette herméneutique, les conférences épiscopales sont invitées à aider les pasteurs, les exégètes et les théologiens à collaborer plus étroitement (no 45).

En ce qui a trait à l’œcuménisme, le Pape Benoît souhaite voir « se développer l’étude, le débat et les célébrations œcuméniques de la Parole de Dieu », pourvu que ces célébrations de la Parole ne donnent pas l’impression de remplacer la sainte messe (no 46). L’élaboration de traductions œcuméniques communes reste aussi importante (no 46).

La vie des saintes et des saints, qui ont laissé modeler leur vie par la Parole de Dieu, offre l’interprétation la plus profonde de l’Écriture. « Chaque saint représente comme un rayon de lumière qui jaillit de la Parole de Dieu » (no 48). Leur sainteté est une interprétation « dont personne ne peut faire abstraction » (no 49).

Deuxième Partie. Verbum in Ecclesia (La Parole dans l’Église)

La Deuxième Partie examine la place de la Parole de Dieu dans l’Église, en particulier dans la liturgie et dans les sacrements. La liturgie n’est pas seulement le contexte privilégié dans lequel entendre la Parole de Dieu mais aussi le point de référence que doit toujours avoir l’herméneutique de la foi fondée sur les Saintes Écritures (no 52). Les fidèles ne saisissent malheureusement pas toujours la relation étroite entre la parole et le sacrement; il revient donc aux prêtres et aux diacres d’expliquer cette unité quand ils administrent les sacrements (no 53).

Étant donné l’importance des lectures de la messe, proclamées par un lecteur ou une lectrice, il faut donner plus de formation aux personnes qui remplissent cette fonction liturgique. La formation devra être à la fois biblique, liturgique et technique (no 58).

En relation avec l’importance de la Parole de Dieu, il est nécessaire d’améliorer la qualité de l’homélie… Elle doit aider à la compréhension du Mystère qui est célébré, inviter à la mission, en préparant l’assemblée à la profession de foi, à la prière universelle et à la liturgie eucharistique… On doit éviter les homélies vagues et abstraites, qui occultent la simplicité de la Parole de Dieu, comme aussi les divagations inutiles qui risquent d’attirer l’attention plus sur le prédicateur que sur la substance du message évangélique. Il doit être clair pour les fidèles que ce qui tient au cœur du prédicateur, c’est de montrer le Christ, sur lequel l’homélie est centrée. (no 59)

Dans ce but, il faudra prévoir des ressources et des publications pour aider les ministres à s’acquitter de cette fonction (no 60).

Pour le sacrement de la Réconciliation, le pénitent devrait commencer sa confession en lisant ou en écoutant une exhortation biblique et devrait se servir d’un acte de contrition « fondé sur les paroles de l’Écriture » (no 61). On encourage instamment les célébrations communautaires de l’onction des malades dans les paroisses et les hôpitaux (no 61).

La Liturgie des Heures occupe une place importante dans l’Église; les évêques, les prêtres, les diacres et les séminaristes doivent la réciter (no 62). On encourage aussi les fidèles laïcs, dans les paroisses et les communautés religieuses, à réciter Laudes et Vêpres (no 62). Afin d’aider les paroisses qui ne peuvent avoir de prêtre chaque semaine, le Pape Benoît demande aux autorités compétentes de préparer des directoires liturgiques qui leur fournissent de nouvelles célébrations de la Parole dominicales, en évitant de les confondre avec la messe dominicale (no 65).

Dans la célébration de l’Eucharistie, il faudra éduquer les fidèles à la valeur du silence (no 66). On pourrait aussi conférer plus de solennité à la proclamation de l’Évangile (surtout lors des grandes fêtes) en utilisant un Évangéliaire qu’on portera en procession. Il est bon également que l’Évangile soit mis en valeur par le chant, surtout lors des solennités (no 67).

Pendant la messe, les lectures de l’Écriture ne doivent jamais être remplacées par d’autres textes. Cela vaut aussi pour le Psaume responsorial (no 69). Il faut choisir des chants et des hymnes « qui sont clairement inspirés par la Bible et qui expriment, par l’accord harmonieux des paroles et de la musique, la beauté de la Parole divine », notamment la musique traditionnelle comme le chant grégorien (no 70). Il faut aussi tenir compte, dans la mesure du possible, des besoins des personnes malvoyantes et malentendantes (no 71).

Le Pape Benoît exhorte tous les fidèles à lire les Écritures pour y rencontrer Jésus Christ. « J’exprime le vif désir que fleurisse une nouvelle saison de plus grand amour pour la Sainte Écriture, de la part de tous les membres du Peuple de Dieu, afin que la lecture orante et fidèle dans le temps leur permette d’approfondir leur relation avec la personne même de Jésus» (no 72). Quand les fidèles ne connaissent pas la Bible, ils sont souvent la proie de sectes qui diffusent une interprétation biaisée de l’Écriture (no 73).

Il faut encourager la connaissance des personnages et des événements de la Bible et la mémorisation des passages scripturaires, « particulièrement ceux qui parlent des Mystères chrétiens » (no 74). Le savoir scripturaire sera complété par le Catéchisme de l’Église catholique, « norme sûre pour l’enseignement de la foi » (no 74). On devrait établir des centres de formation où laïcs et missionnaires recevraient une formation plus poussée à la Parole de Dieu (no 75).

Dans les familles catholiques, la prière et la lecture de la Bible en famille doivent être encouragées. Il faudrait que chaque foyer ait sa Bible « et la conserve dignement, afin de pouvoir la lire et l’utiliser dans la prière » (no 85). Dans tous les cas, la lecture de l’Écriture doit être accompagnée par la prière. Ici, le Pape cite saint Augustin : « Quand tu lis, c’est Dieu qui te parle; quand tu pries, c’est toi qui parles avec Dieu. » (no 86)

Il faut promouvoir la pratique de la Lectio divina (no 87) comme aussi la récitation du chapelet. Pour celui-ci, l’énonciation de chaque mystère devrait s’accompagner d’un court texte biblique relatif à ce mystère (no 88).

Troisième Partie. Verbum mundo (La Parole annoncée au monde)

La Troisième Partie traite de la mission et de l’évangélisation. La Parole de Dieu qui nous est donnée ne fait pas seulement de nous des destinataires mais aussi des messagers, appelés à participer à la mission du Christ et forts de la puissance de son Esprit Saint (no 91). La Parole que nous recevons est destinée à tous et à toutes; nous ne pouvons la garder pour nous. Parce qu’elle est vraie, elle appartient à tous les êtres humains (no 92).

Tous les secteurs de la société ont besoin de la lumière du Christ. « Il ne s’agit pas d’annoncer une parole de consolation, mais une parole de rupture qui invite à la conversion, qui rend possible la rencontre avec Dieu, germe d’une humanité nouvelle » (no 93).

Cette tâche de proclamation de la Parole de Dieu revient à tous les baptisés. La conscience de cette mission « doit être réveillée dans chaque famille, paroisse, communauté, association et mouvement ecclésial » (no 94). Parce que trop de gens, surtout dans le monde occidental, sont « baptisés mais pas suffisamment évangélisés », il faut une « nouvelle évangélisation » (no 96). Cette mission ne saurait négliger les pauvres (no 99) et les efforts pour rendre le monde plus juste (no 100). À cet égard, les fidèles devraient être formés à l’enseignement social de l’Église (no 100).

Nombre de jeunes ont un « désir sincère de connaître Jésus ». L’Évangile devrait leur être proposé clairement, et il faut leur enseigner les Saintes Écritures pour qu’ils puissent partager l’Évangile avec leurs pairs (no 104).

Dans plusieurs pays de tradition chrétienne, on observe un afflux important d’immigrants qui ne connaissent pas le Christ. Il y a là une occasion unique à saisir : « les migrants ont le droit d’entendre le kérygme, qui leur est proposé et non imposé. S’ils sont chrétiens, ils ont besoin d’une assistance pastorale adéquate pour renforcer leur foi et être eux-mêmes porteurs de l’annonce évangélique. » (no 105)

Dans l’Écriture Sainte, les pauvres ont une place privilégiée. Il faut souligner, cependant, que les pauvres sont aussi eux-mêmes des agents d’évangélisation (no 107).

Conscients que l’ensemble du cosmos fut créé par la Parole (cf. Jn 1,2), nous reconnaissons notre responsabilité envers la création où il ne faut pas voir simplement une matière première à exploiter. Ainsi, le fait d’ « accueillir la Parole de Dieu témoignée dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition vivante de l’Église… [promeut] une authentique écologie, qui plonge sa racine la plus profonde dans l’obéissance de la foi » (no 108).

Étant donné la grande importance de l’éducation religieuse, il faut « former avec soin les enseignants » (no 111). De même, des offices et des groupes compétents devraient promouvoir une solide formation scripturaire des artistes, qui peuvent grandement contribuer à la beauté de nos églises et de notre liturgie (no 112). Par ailleurs, les nouveaux moyens de communication, notamment l’Internet, doivent servir à la nouvelle évangélisation même s’ils ne peuvent jamais remplacer les contacts personnels dans le monde réel (no 113).

Parce que le Verbe de Dieu peut parler à toutes les personnes humaines, l’inculturation est possible. Mais il ne faut pas confondre l’inculturation avec « des processus superficiels d’adaptation » ou avec un « syncrétisme confus qui dilue l’originalité de l’Évangile pour le rendre plus facilement acceptable » (no 114). Non, la véritable inculturation se produit « lorsqu’une culture, transformée et régénérée par l’Évangile,  produit à partir de sa propre Tradition vivante des expressions originales de vie, de célébration et de pensées chrétiennes » (no 114).

Un élément essentiel de la proclamation de l’Église est la rencontre, le dialogue et la coopération avec des adeptes d’autres traditions religieuses. Ceci doit se faire « en évitant toute forme de syncrétisme et de relativisme » (no 117) et en suivant les indications données par la déclaration Nostra Ætate du Concile Vatican II et développées par le Magistère ultérieur. Il faut favoriser la compréhension mutuelle entre chrétiens et musulmans (no 118).

Conclusion

Même si l’Exhortation apostolique aborde un certain nombre de thèmes, nous allons conclure notre résumé par le plaidoyer passionné du Pape Benoît à la fin du document :

Je rappelle que notre relation personnelle et communautaire avec Dieu dépend de l’accroissement de notre familiarité avec la Parole divine. Enfin, je m’adresse à tous les hommes, également à ceux qui se sont éloignés de l’Église, qui ont abandonné la foi ou qui n’ont jamais entendu l’annonce du salut. À chacun, le Seigneur dit: «Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi» (Apocalypse 3, 20). (no 124)

Commission pour la doctrine
Conférence des évêques catholiques du Canada
Le 17 novembre 2010