Les bienheureux et les bienheureuses du Canada

Bienheureuse Marie-Rose Durocher (1811-1849)

Fête liturgique : 6 octobre

 

 

 

 


Vie

Eulalie Durocher est née à Saint-Antoine-sur-Richelieu (Québec), le 6 octobre 1811. Dernière d’une famille de dix enfants, elle étudie chez les soeurs de la Congrégation de Notre-Dame à Saint-Denis et à Montréal. Affable, joyeuse, simple et charmante, elle inspire le respect et la confiance. Son jugement est sur et elle possède un solide sens pratique. De tempérament ardent et volontaire, elle réussit à le maitriser et se révèle patiente, douce et humble.

Elle veut se faire religieuse, mais elle doit renoncer à ce projet pour des raisons de santé. Elle a 19 ans à la mort de sa mère et demeure auprès de son père et de ses frères avant d’aller seconder son frère Théophile, curé à Saint-Benoit, puis à Longueuil, où elle accomplit des tâches ménagères et pastorales. Accueil des prêtres malades et fatigués, soin des pauvres, visite des malades, font partie de sa vie quotidienne pendant douze ans et lui permettent de constater l’ignorance de ses compatriotes et le besoin d’écoles et de formation religieuse pour les jeunes. Son ascendant lui vaut d’être nommée supérieure de la congrégation pieuse des Filles de Marie Immaculée, établie par les Oblats de Marie-Immaculée à Beloeil, où elle exerce ses dons d’éducatrice.

Eulalie souhaite qu’une communauté religieuse enseignante établisse dans chaque paroisse, des petits couvents où les enfants pauvres et riches recevraient une bonne éducation religieuse. Une telle communauté existe, ce sont les Religieuses des Saints Noms de Jésus et de Marie de Marseille, approuvées par l’évêque de cette ville, Mgr de Mazenod, qui est aussi le fondateur des Oblats de Marie-Immaculée. Les religieuses ayant refusé de venir, Eulalie se met a l’oeuvre, avec l’accord de l’évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, des Oblats et du curé de Longueuil qui veut des religieuses dans sa paroisse.

À la fin d’octobre 1843, Eulalie quitte Beloeil pour Longueuil afin d’y fonder, avec deux compagnes, la congrégation qui portera le nom et qui s’inspirera des règles des soeurs de Marseille. Elle prend le nom de soeur Marie-Rose. Pour plusieurs, il s’agit de la folie entreprise de filles exaltées et sans ressources. L’Honorable Louis Lacoste, chargé, en 1845, de présenter au Parlement le bill d’incorporation de l’Institut, en témoigne : « Je me suis mis de tout mon coeur à l’oeuvre contre le gré de mes amis qui se plaisaient à me traiter de fou pour vouloir encourager une société qui, selon les apparences, n’existerait pas longtemps. »

À la mort prématurée de Mère Marie-Rose, le 6 octobre 1849, la jeune congrégation comptait 29 professes, sept novices, sept postulantes et quatre maisons d’éducation. Mère Marie-Rose a été béatifiée par le pape Jean-Paul II le 23 mai 1982.

Spiritualité

Comme collaboratrice laïque de son frère curé, Eulalie Durocher déploie ses talents d’hôtesse, de maîtresse de maison et d’infirmière, mais elle assure aussi la coordination des activités paroissiales. Mettant à profit ses qualités de rassembleuse et d’éducatrice, elle organise des retraites pour les familles et dirige la première congrégation mariale au Québec, un mouvement qui a joué un rôle important dans le renouveau religieux au 19e siècle. Simple et intelligente, elle se fait remarquer par sa fidélité à la prière et son humilité silencieuse.

Sa charité active et sa détermination lui inspirent de fonder une congrégation à laquelle elle inculque un esprit de partage « avant tout pour les âmes les plus abandonnées ». Comme le notent les Chroniques de l’Institut, un an après sa mort, « Dieu voulait l’institution d’une nouvelle Communauté pour donner une éducation religieuse aux enfants les plus pauvres et les plus abandonnés ». Pour Mère Marie-Rose, c’était « la base indispensable de l’éducation ».

À l’été 1844, la fondatrice envoie deux Soeurs se perfectionner à Montréal auprès des Frères des Écoles chrétiennes, arrivés au Québec en 1837, afin de s’initier aux meilleures méthodes pédagogiques de l’époque. Aux matières scolaires, elle ajoute la musique, le dessin, l’anglais et le travail domestique, dans le but de rendre les femmes capables de bien remplir leur rôle social. Avisée, elle établit un pensionnat payant afin de pouvoir financer l’école gratuite pour les pauvres.

La nouvelle fondation s’inspire de la spiritualité des religieuses de Marseille et de celle des Oblats, dont la devise est: « Évangéliser les pauvres ». La fidélité à l’Évangile, la dévotion au Saint-Sacrement et à Marie et la méthode d’oraison de saint Ignace, font partie de l’héritage laissé par celle qui avait pour devise: « Jésus et Marie, ma force et ma gloire ».

La vie d’Eulalie Durocher a été marquée par l’expérience de l’incompréhension. Elle fut la première à percevoir la duplicité de l’abbé Charles Chiniquy et lui signifia de ne plus remettre les pieds au couvent. Alors que les propos malveillants et les calomnies du prêtre sèment la discorde dans la paroisse et menacent la vie même de son jeune Institut, Mère Marie-Rose écrit: « J’espère que Dieu aura pitié de nous. Je trouve notre situation bien pénible; il paraît que la plus grande partie des paroissiens sont bien montés. Nous prions tous les jours pour que Dieu tire sa gloire de nos misères et donne la lumière à nos supérieurs dans tout cela, et à nous, la patience et la soumission. »

Mère Marie-Rose n’était sévère que pour les soeurs qui disaient du mal des autres. Elle avait l’habitude de dire : « Prions, souffrons et ayons confiance. » Sur son lit de mort, elle demande pardon à ses soeurs d’avoir manqué de douceur, de bonté et de charité. Mgr Bourget dira d’elle: « La charité fut sa vertu favorite. »