Les saints et les saintes du Canada

Sainte Marguerite Bourgeoys (1620-1700)

Fête liturgique : 12 janvier

 

 

 

 


Vie

Marguerite Bourgeoys est née à Troyes, en Champagne, en 1620. Toute jeune, elle manifeste des aptitudes pour « assembler des petites filles » de son âge et des dispositions pour la vie de groupe et l’organisation. À vingt ans, à la vue d’une statue de la Vierge, elle est intérieurement « touchée » et « changée ». Elle s’inscrit dans une congrégation externe et fait voeu de chasteté à 23 ans. Elle expérimente ensuite une nouvelle forme de vie pour honorer « la vie voyagère de la Sainte Vierge » où, « sans voile ni guimpe, on serait vraiment religieuse ».

En 1652, le gouverneur Paul de Chomedey de Maisonneuve cherche une institutrice pour Ville-Marie. Il rencontre Marguerite qui lui offre ses services. Elle s’embarque en 1653, n’emportant pour tout bagage qu’un petit paquet sous le bras. Elle a 33 ans. Durant la traversée, elle n’hésite pas à soigner les malades de la peste. Pendant quatre ans, elle seconde le gouverneur, prête main-forte à Jeanne Mance à l’HôtelDieu, donne son matelas et ses couvertures à plus pauvre qu’elle et acquiert un grand ascendant sur les colons dont elle devient la conseillère. En 1657, elle met en chantier une chapelle pour en faire un lieu de pèlerinage en l’honneur de Marie. Le projet est réalisé en 1678. Depuis ce temps, la chapelle abrite la statuette miraculeuse de Notre-Dame du Bon-Secours, que lui avait donnée le baron de Fancamp en 1672.

En 1658, Maisonneuve donne à Marguerite l’étable de la commune où elle commence son oeuvre d’éducatrice. Elle y ouvre des classes, puis un pensionnat pour les enfants des colons, adopte de jeunes Iroquoises et fonde une congrégation pour les jeunes filles. Elle retourne en France en 1659 et en 1671, recrute de nouvelles compagnes et obtient des lettres patentes de Louis XIV. En 1676, Mgr de Laval reconnait sa communauté en « qualité de filles séculières ». Lors d’un troisième voyage, l’évêque lui refuse l’autorisation de ramener de nouvelles compagnes. Elle admet alors les premières Canadiennes parmi lesquelles se trouvent deux Iroquoises.

Marguerite et ses filles enseignent la religion et les « premiers principes des lettres humaines », la vertu, la politesse et l’amour du travail. Marguerite met aussi sur pied l’ouvroir de la Providence et enseigne les métiers et les arts ménagers pour préparer les filles à leur rôle de mères de famille. Les « filles du roi » sont accueillies à la ferme Saint-Gabriel, devenue un service de protection et un lieu de fréquentation pour ces « filles à marier ».

Marguerite envoie bientôt ses filles deux à deux dans les nouvelles paroisses pour faire la classe aux enfants des colons. En 1697, Mgr de Saint-Vallier reconnaît la communauté « en qualité de filles de paroisse ». Marguerite Bourgeoys meurt le 12 janvier 1700, acclamée comme la « Mère de la colonie ». Elle a été canonisée le 31 octobre 1982 par le pape Jean-Paul II.

Spiritualité

Marguerite Bourgeoys a été influencée par l’École de spiritualité française du 17e siècle. Elle en a partagé la mystique, les préoccupations pédagogiques et apostoliques, les aspirations à l’action missionnaire. Cette spiritualité doit beaucoup à Thérèse d’Avila, mystique et réformatrice du Carmel, et à Philippe Néri, qui proposait de revenir au modèle de l’Église des premiers siècles. Saint François de Sales, le cardinal de Bérulle, Jean-Jacques Olier, saint Jean Eudes et saint Vincent de Paul se font les promoteurs de la réforme de l’Église en France et proposent aux laïcs comme Marguerite, les exigences de l’amour de Dieu et la pratique de la charité envers les pauvres, sans clôture ni habit religieux.

L’amour de Dieu et du prochain résume toute la vie de Marguerite. Elle écrit un an avant sa mort: « II est vrai que tout ce que j’ai toujours le plus désire, et que je souhaite le plus ardemment, c’est que le grand précepte de l’amour de Dieu par-dessus toutes choses et du prochain comme soi-même soit gravé dans taus les coeurs. » Elle voudrait pour sa communauté « le vrai esprit de cordialité et d’amour qui faisait la gloire et le bonheur du premier christianisme »‘ quand les chrétiens « n’étaient tous, en Dieu, qu’un coeur et qu’une âme » et que « tous les biens étaient communs entr’eux. »

Marguerite applique en Nouvelle-France la spiritualité qui l’avait nourrie à Troyes, et honore le mystère de la visitation de Marie. C’est à la manière de Marie qu’elle veut être disciple de Jésus: « Elle était la Mère et la Maîtresse de l’Église naissante qu’elle formait et instruisait à toutes sortes de biens par ses paroles et par ses exemples, l’instruction et l’édification faisant son principal caractère ». Elle écrit: « La Sainte Vierge n’a point été cloîtrée, mais elle a gardé la solitude intérieure et n’est sortie que pour la nécessité, la charité ou l’instruction du prochain ou pour aller au temple. (… ) Elle n’a jamais refusé de se trouver où la charité ou la nécessité avaient besoin de secours. Elle l’a fait d’une façon d’autant plus profitable à tous que la pauvreté et l’humilité dont elle faisait profession, étaient plus à la portée de tous. »

L’annaliste de l’Hôtel-Dieu écrira qu’elle a « tout le caractère de la femme forte de l’Évangile ». Femme d’affaires et d’organisation, elle propose une « vie simple et sans façon », une vie laborieuse comme celle des apôtres, qui devaient « travailler pour n’être à charge à personne », « une petite vie simple et proportionnée » à sa condition de pauvre fille. Elle veut que sa communauté suive Jésus « dans sa vie ‘étrette’, pauvre et humble (…) car plus je Le suivrai sans crainte, plus Il me protègera; et plus je ferai sa volonté, plus il me témoignera son amour. » Au plus fort des épreuves spirituelles, elle écrit: « je n’ai pourtant jamais douté de la miséricorde de Dieu et j’espèrerai en lui quand je me verrais un pied dans les enfers. »