Allocutions, discours et homélies 1984

Rencontre avec des agents de pastorale

RENCONTRE AVEC DES LAÏCS COLLABORANT
ACTIVEMENT AU MINISTÈRE DE L’ÉGLISE
HALIFAX
LE 13 SEPTEMBRE 1984

Chers frères et sœurs dans le Christ,

La Visitation de Marie à sa cousine Élisabeth est un très bel épisode de l’Évangile de saint Luc. C’est l’émouvante rencontre de deux futures mères, deux femmes dont le cœur est rempli de joie dans l’attente du « miracle humain » qui s’accomplit dans leur corps. Le récit comporte égale­ment un message théologique important: il relate comment Jean le Baptiste, le plus grand des prophètes de l’Ancien Testament, portait déjà témoignage à Jésus alors qu’il se trouvait encore dans le sein de sa mère. Il fait ressortir également la foi de Marie: « Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Lc 1, 45).

Cet épisode nous fait prendre conscience d’une autre dimension que cet évangile revêt pour nous. Nous sommes amenés à apprécier le geste, tou­chant d’humanité, de Marie tendant la main avec amour à sa cousine Élisabeth. Elle nous apporte un modèle de service aux autres,montrant par l’exemple comment nous, ses fils et filles spirituels, devons ouvrir nos cœurs avec compassion à ceux et celles qui aspirent au Christ, à travers nous.

Chers frères et sœurs, la notion de service est en effet fondamentale à l’apostolat des laïcs et à tout le ministère. Le service est au coeur même de toute vocation au sein de l’Église: le service de Dieu et de notre prochain, un service qui soit à la fois ardent et humble, toujours motivé par un désir d’accomplir la volonté de Dieu telle qu’elle se manifeste par l’action directrice de l’Esprit Saint à l’œuvre dans l’Église.

Je tiens à vous dire combien je suis heureux d’être avec vous ce soir. Vous êtes venus des fermes, des villages et des villes de Nouvelle-Écosse et de l’Ile-du-Prince-Édouard. Par la grâce de Dieu, chacun d’entre vous a été appelé à témoigner du Christ de façon particulière. Vous avez entendu cet appel et y avez répondu avec générosité. Je vous remercie de votre engagement actif envers l’Église, et je vous salue au nom de Notre Seigneur Jésus Christ et au nom de Marie, sa Mère, dans cette basilique de Halifax qui lui est dédiée.

Nous lisons dans l’Évangile: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Jésus Christ, le Fils de Dieu, prit une chair humaine non « pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10, 45). Après sa Résurrection, le Christ est apparu à ses disciples, leur insufflant l’Esprit et les envoyant poursuivre sa mission: « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21).

Nous comprenons ainsi que l‘Église a été fondée sur les Apôtres pour poursuivre la mission du Christ, qui est de conduire l’humanité entière à la vie éternelle, par la foi. Chaque activité entreprise par l’Église àcette fin fait partie de son apostolat, et cet apostolat est sa réponse à la mission que lui a confiée le Christ.

Par le Baptême et la Confirmation, chacun est appelé à participer à la mission salvatrice de l’Église. En tant que membre de l’organisme vivant qu’est le corps mystique du Christ, aucun chrétien ne peut se contenter d’un rôle purement passif. Chacun doit participer activement à la vie de l’Église.

En effet, la vocation chrétienne est par nature une vocation aposto­lique.

C’est le Christ, tête du Corps, qui, d’autorité, envoie personnelle­ment ses membres à l’apostolat. En travaillant à la mission de l’Église, tous les fidèles participent à la mission du Christ. Leur contribution, pour être efficace, exige qu’ils vivent selon la foi, l’espérance et lacharité que le Saint-Esprit met dans leurs cœurs. Le précepte de la cha­rité,  qui est le commandement le plus important du Seigneur, exhorte chacun à oeuvrer pour la gloire de Dieu et la communication de la vie éternelle à tous, afin que tous apprennent à reconnaître le seul Dieu véritable et Jésus Christ, son Fils, qu’il nous a envoyé  (cf. Jn 17, 3).

Il existe, parmi les membres de l’Église, une diversité de services à l’intérieur d’une mission unique. Le Christ a confié aux Apôtres et à leurs successeurs le ministère de l’enseignement, de la sanctification et du gouvernement, en son nom et en vertu de son pouvoir. Mais les laïcs ont reçu également une part des fonctions sacerdotale, prophétique et royale du Christ  (cf. Lumen Gentium, 31). Dans l’exercice de leurs attributions propres, ils doivent harmoniser leurs efforts avec le ministère du peuple de Dieu en son entier, et oeuvrer de concert avec ceux que le Saint-Esprit a désignés pour gouverner Église  (cf. Ac 20,  28). De même, sur tous  les chrétiens repose l’obligation de répandre le message divin du salut parmi tous les peuples du monde.

En tant que laïcs, vous êtes appelés à témoigner du Christ dans la sphère de votre foyer, de votre voisinage, de vos villages et de vos villes. Vous contribuez à la mission de l’Église en ajustant tout d’abord votre conduite à votre foi. Par vos actes et par vos paroles, vous devez proclamer le Christ, la Lumière du monde. Cette invitation à l’apostolat s’adresse à tous les chrétiens. Comme laïcs, vous avez également pour tâche spécifique de renouveler l’ordre temporel, en l’imprégnant de l’esprit de l’Évangile.

Appartenant à des milieux culturels et sociaux différents, vous êtes en mesure d’infuser l’esprit chrétien dans la mentalité et le mode de vie, dans les lois et les structures de votre communauté. C’est ainsi que vous exercez votre rôle et votre responsabilité par une action du « semblable sur le semblable »: familles évangélisant les familles, étudiants évangélisant les étudiants, jeunes conduisant les jeunes vers le Christ. Dans ce domaine tout particulièrement, le témoignage de votre conduite est complété par le témoignage de votre parole (cf. Apostolicam Actuositatem, 13). Vous pouvez influencer profondément ceux et celles que vous rencontrez dans votre travail et dans vos diverses activités quotidiennes par l’exemple d’une vie intègre et la pratique assidue de la charité fraternelle.

Vous avez pour mission très spéciale de parler au monde d’une façon concrète: de manifester la vérité et la justice dans votre propre vie, de proclamer par vos actes votre respect de la vie, votre conscience sociale, votre rejet du matérialisme et des excès de la consommation. Vous êtes appelés à témoigner par la pureté de votre vie et, si vous êtes mariés, à être le symbole vivant de la fidélité conjugale et de l’indissolubilité du mariage, telles que Jésus Christ les a prêchées. Ne doutez jamais, chers amis, que la Parole de Dieu a le pouvoir de réaliser cela en vous: « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-14).

Mais, en plus de cela, à chacun d’entre vous a été donné un charisme, un don du Saint-Esprit qui vous confère une aptitude à un service particulier au sein de l’Église. Comme le dit saint Paul, le Saint-Esprit est donné d’une manière propre à chaque personne: « Pourvus de dons différents selon la grâce qui nous a été donnée, si c’est le don de prophétie, exer­çons-le en proportion de notre foi; si c’est le service, en servant; l’enseignement, en enseignant » (Rm 12, 6-7).

Vous pouvez exercer cet apostolat chrétien à titre individuel ou comme membre d’un groupe de personnes qui travaillent ensemble dans un même but. Dans ce large éventail des champs d’apostolat, certains sont appelés à pro­clamer la Parole de Dieu comme catéchistes, comme enseignants ou comme ani­mateurs des adultes à travers les rites de l’initiation chrétienne. Certains s’adresseront plus particulièrement aux familles, aux malades, aux prisonniers, aux invalides, aux jeunes ou aux personnes âgées. D’autres oeuvreront dans le domaine de la justice sociale, de la santé ou de l’œcuménisme. D’autres encore exerceront, leurs talents administratifs dans les conseils de diocèse ou de paroisse, ou dans les divers organismes qui encadrent la communauté chrétienne au sens large. Les mouvements spécialisés, qui se consacrent au renouveau spirituel des personnes et des groupes, et principalement des familles, sont capables de contribuer grandement à la mission de l’Église.

L’Église apprécie tout particulièrement le rôle joué par la famille dans le service de l’Évangile. Je faisais ressortir dans mon Exhortation apostolique sur le rôle de la famille chrétienne dans le monde moderne, que « le ministère de l’évangélisation rempli par les parents chrétiens est original et irremplaçable » (Familiaris Consortio, 53). Les enfants ont, eux aussi, un rôle à jouer à cet égard et doivent être encouragés à apporter leur contribution. « Ils ont leur propre travail apostolique à faire » selon les termes du deuxième concile du Vatican (Apostolicam Actuositatem,12).

Puisque le premier but de l’apostolat chrétien est d’annoncer au monde, par la parole et par l’action, le mesage [sic] du Christ, et de lui communiquer la grâce rédemptrice du Christ, le principal instrument pour ce faire est le ministère de la parole et des sacrements. Cette tâche est remplie de façon spécifique par les ministères ordonnés, conférés par le Sacrement des Ordres. « Le Christ lui-même a institué le sacerdoce ministé­riel afin de mettre à la disposition, du Peuple de Dieu le sacrifice eucha­ristique qui est la source et le sommet de toute vie chrétienne » (Lumen Gentium, 11). Ainsi, tout ministère est orienté vers ce sacrifice, qui en est le but et le centre.

Certains laïcs se trouvent associés de façon particulière aux activi­tés des évêques, des prêtres et des diacres, ou sont appelés à exercer de façon continue certaines tâches pastorales ou ministérielles. Cet aspect du ministère laïque est particulièrement providentiel lorsqu’il a pénuriede prêtres. Mais n’oublions pas que les laïcs sont affectés de façon per­manente par le Christ lui-même au service de l’Évangile au sein de l’unique Église. L’Église se réjouit lorsque ecclésiastiques, religieux et laïcs travaillent de concert, chacun selon sa vocation propre, pour donner au monde une image unifiée de leur mission commune: la mission du Christ.

Il y a tant à faire. Il existe des secteurs entiers de la vie humaine qui semblent soustraits à toute influence morale ou religieuse. Rappelons-nous les paroles de Jésus: « A la vue des foules Il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger. Alors Il dit à ses disciples:  ‘La moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson' » (Mt 9, 36-37). Le vrai disciple brûle du désir d’annoncer le Christ par la parole, que ce soit aux non-croyants pour les aider à chemi­ner vers la foi, ou aux fidèles pour les instruire, les fortifier et les inciter à une vie plus fervente (cf. Apostolicam Actuositatem, 6). Il existe aujourd’hui un besoin urgent-que davantage de laïcs s’engagent à enseigner la doctrine chrétienne aux jeunes.

La diversité des besoins humains requiert divers types d’action de la part de l’Église. L’Église est  une, de même que son Évangile de salut et son Eucharistie, mais elle doit compter sur la diligence de ses membres pour découvrir les meilleures façons de répondre aux problèmes et aux besoins nouveaux. Paul VI a clairement exprimé la position de l’Église: « Ce n’est  pas  sans éprouver intimement une grande joie que Nous voyons une légion de Pasteurs, religieux et laïcs, épris de leur mission évangélisatrice, chercher des façons toujours plus adaptées d’annoncer efficacement l’Évangile »  (Evangelii Nuntiandi, 73).

Nous savons que le fondement et le succès de tout apostolat et tout ministère au sein de l’Église reposent sur notre union vivante avec le Christ, notre Seigneur et Maître. Cette union intime avec le Christ s’entretient et se nourrit par la prière. On peut affirmer que, de façon très tangible, l’apostolat consiste dans le déploiement de l’amour que Jésus porte aux autres, qui surgit de nous-mêmes. Mais en l’absence de cette union avec le Christ nourrie par la prière, notre énergie vacille, notre ferveur s’éteint et nous courons le risque de devenir comme « airain qui  sonne ou cymbale qui retentit »   (1 Co  13, 1).

En outre, tout ministère requiert l’appui de la communauté chrétienne dans son entier, et particulièrement notre prière persévérante pour les autres. Quel besoin nous avons de cette prière mutuelle! Combien j’apprécie vos prières et combien j’en ai besoin! Combien vos évêques, vos prêtres et vos diacres, comptent sur le soutien de vos prières! Ils savent combien vous apportez à la vitalité de l’Église tout entière, combien vous oeuvrez pour promouvoir sa mission salvatrice dans le monde.

Nous trouvons un modèle de cette vie apostolique et spirituelle dans la vie humble de la Vierge de Nazareth, la Mère de Jésus, Reine des Apôtres. Ainsi que le disait d’elle le deuxième concile du Vatican: « Tandis qu’elle menait sur terre une vie semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux, Marie demeurait toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l’oeuvre du Sauveur à un titre absolument unique. Aujourd’hui elle est au ciel, son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les peines et les épreuves jusqu’à ce qu’ils par­viennent à la patrie bienheureuse » (Apostolicam actuositatem, no 4).

Mes frères et sœurs: Remerciez Dieu de l’occasion qui vous est don­née de servir le Christ et son Église. Servez avec gratitude et avec joie! Remerciez Dieu de la foi que vous avez trouvée dans vos foyers et dans vos communautés et qui s’est répandue jusque dans les moindres recoins du pays, et dans le monde entier. Soyez reconnaissants à tous ceux qui ont servi avant vous, à tous ceux qui ont prêché l’Évangile de Notre Seigneur Jésus Christ au long de ces côtes de l’Atlantique. Remerciez vos parents, vos enseignants et vos pasteurs, qui vous ont les premiers initiés à l’Évangile.

Comme serviteur du Christ qui vous aime tous, je vous exhorte, mes compagnons dans la foi, co-pèlerins dans le retour vers le Père, à écouter de nouveau les paroles que saint Pierre a adressées aux premiers chrétiens:

« Chacun selon la grâce qu’il a reçue, mettez-vous au service les uns des autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. Si quelqu’un parle, que ce soit comme les paroles de Dieu; si quelqu’un assure le service, que ce soit comme par un mandat reçu de Dieu, afin qu’en tout Dieu soit glorifié par Jésus Christ, à qui sont la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (1 Pi 4, 10-11).

Conférence des évêques catholiques du Canada
Canadian Conference of Catholic Bishops