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Se convertir à la litanie des saints et des saintes

Cet article a été publié originalement dans la revue Vivre et célébrer no 203, vol. 44, Montréal, Éditions de la Conférence des évêques catholiques du Canada, automne 2010.

Qui n’a pas entendu ces expressions : « Il m’a fait subir une véritable litanie de reproches » et « Il répète continuellement, c’est une litanie sans fin » ? Que s’est-il passé pour que les litanies aient si mauvaise presse, pour qu’elles soient devenues une longue et ennuyeuse énumération selon certains  ? Ne pourrait-on pas retrouver le sens de cette prière venue de la tradition et utilisée dans presque toutes les cultures ?


Litanies sur la route

Je me souviens d’un voyage avec un neveu, de Montréal vers le Bas-du-Fleuve. Le long de la route, les panneaux indicatifs des villes et villages, pour la plupart des noms de saints et saintes, défilaient allégrement. Soudain, il m’a demandé : « C’est qui, saint Ignace de YoYola ? » Sans y aller d’un cours d’histoire religieuse, je lui ai donné quelques explications. Et ensemble nous avons nommé les saints et saintes, connus et inconnus, jusqu’à notre destination  : Saint-Pascal, Sainte-Angèle-de-Mérici, en ajoutant parfois le « priez pour nous ».

L’Église de la terre appelle

La litanie des saints est une des prières les plus simples. Par cette longue invocation, l’Église de la terre appelle à son aide l’Église du ciel. On demande aux saints et saintes d’intercéder pour nous auprès de Dieu. Nous nous adressons à Marie, mère de Dieu, aux apôtres, aux martyrs, et autres. Chaque invocation est ponctuée de la demande  : « priez pour nous ». De la terre et du ciel, le Christ nous relie les uns aux autres. Ainsi s’accomplit « la communion des saints », cette union de foi entre chrétiennes et chrétiens vivants et morts, d’aujourd’hui et de tous les temps. Regarder les saints et saintes, les écouter, c’est découvrir la parole de Dieu concrétisée d’une façon particulière dans leur vie.

Père très saint […] Tu ravives toujours les forces de ton Église par la foi dont témoignent les saints, et tu nous montres ainsi ton amour ; leur exemple nous stimule. […] (2e Préface des saints)

Entrer « en litanie »

La liturgie doit être « habitée » pour ouvrir à la découverte du mystère. C’est là qu’entre en ligne de compte l’importance de la répétition, qui n’est pas seulement – qu’on soit d’accord ou non – une « reprise de la même chose ». Donner sens à la répétition, entrer en soi-même, pénétrer dans « l’âme des choses », voilà le défi de l’artiste, du musicien, de l’athlète, de toute personne consciente de ses gestes, de ses attitudes dans son quotidien.

C’est ce grand pneuma (l’Esprit) qui soulève le corps de l’Église à travers la beauté du chant… il nous fait respirer Dieu. Il n’est pas décoratif, mais créatif, nous rappelle André Gouzes[i].

Saints et saintes de tous les temps

Le texte des litanies de Gaétan de Courrèges, suggéré dans le Prions en Église du triduum pascal 2010, nous ouvre à l’Église universelle :

Frères et sœurs de tous rivages, Frères et sœurs de tous les temps,
Peuple de croyants aux mille visages, Saints de chez nous, priez pour nous.

De plus en plus, on ajoute à la liste traditionnelle des saints et saintes de l’Église, les bienheureux, ceux et celles qui ont été près de nous, que nous avons connus et que nous savons près de Dieu : Kateri, Dina, Marie de l’Incarnation, Louis-Zéphirin, priez pour nous.

Chanter les litanies au cœur de l’Église

La prière peut exister sans chant, nous rappelle Michel Veuthey[ii]. Si le chant entre en jeu, c’est pour traduire la densité lyrique de la supplication, pour renforcer la dimension répétitive d’une litanie. Ceci à condition que l’interprétation, aussi simple soit-elle, devienne vraiment une invitation rythmée pour que l’assemblée réponde facilement. Soyons donc attentifs à ne pas briser le rythme, particulièrement si on ajoute le nom de bienheureux ou de saintes. L’assemblée ne s’attend pas à des mouvements brusques dans la litanie.

Voici trois exemples musicaux variés : la fiche W12 bis de Joseph Gelineau, bien connue, que l’on retrouve au no 478 dans les recueils D’une même voix ou Chants notés de l’assemblée ; la litanie chromatique de Jean-Michel Dieuaide et les litanies congolaises au rythme bien particulier et adaptées par la communauté du Chemin Neuf.

Les litanies sont chantées au cœur de la Veillée pascale, lors de la liturgie baptismale, qu’il y ait baptême ou non. Nous sommes invités à invoquer tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi. N’ayons pas peur de la longueur : la litanie est faite pour durer. Il ne s’agit pas seulement de faire défiler le nom de nos ancêtres dans la foi, mais de les situer dans la lignée des frères et sœurs qui ont été touchés par l’Évangile et qui en ont été transformés.

Durant l’ordination, pendant que les futurs ordonnés se prosternent, l’Église se fait priante. L’assemblée demande aux saints et saintes, particulièrement ceux qui ont consacré leur vie au service de l’Église, d’intercéder pour ces futurs prêtres. La litanie est aussi utilisée durant la profession de religieux et religieuses, rappelant les bien-aimés de Dieu d’hier et d’aujourd’hui.

Foule de croyants et de croyantes qui nous avez précédés dans la foi, priez pour nous. Comme vous, nous avons été baptisés dans le Christ et nous poursuivons la grande aventure de marcher à sa suite. Saints et saintes d’hier et d’aujourd’hui, saints de nos familles, ensemble nous sommes le Peuple de Dieu en marche sur les routes du monde.

Marguerite Bourgeoys, intercédez pour nous.
Frère André, priez pour nous.

Sœur Paulette Gagné, M.I.C.

L’auteure

Sœur Paulette Gagné, musicienne, a été responsable de la liturgie pour le diocèse de Joliette, dans la région de Montréal. Elle est actuellement membre du conseil d’administration de l’Association des musiciens liturgiques du Canada (LAUDEM).

[i] André GOUZES, La nuit lumineuse, Bayard, 2004, p. 159.

[ii] Michel VEUTHEY, (Joseph Gelineau, dir.), Dans vos assemblées, Desclée, 1989, p. 159.