De paroles puissantes à un partenariat significatif : un engagement catholique renouvelé à la réconciliation avec les Autochtones
mercredi le 24 juillet 2024Il y a deux ans ce mois-ci, le pape François prenait la parole devant une assemblée d’aînés autochtones et d’anciens élèves des pensionnats à Maskwacis, en Alberta. Il offrait des excuses profondes et sincères aux peuples autochtones et demandait à Dieu le pardon des souffrances endurées dans les pensionnats du Canada.
Cet anniversaire nous amène à réfléchir à la profonde tristesse exprimée par le pape François à la suite des effets dévastateurs du système des pensionnats ressentis par les communautés autochtones, ainsi qu’au chemin de réconciliation et de guérison que nous avons entrepris ensemble. Deux ans plus tard, les paroles du Pape nous inspirent encore à reconnaître cet héritage douloureux et à marcher aux côtés des peuples autochtones dans un esprit de repentance, de solidarité et d’espérance.
Nous nous rappelons les paroles du Saint-Père : « L’Église est la maison où l’on se réconcilie, où l’on se réunit pour repartir et grandir ensemble. » Cette vision de l’Église comme « une communauté de réconciliation » nous a guidés dans notre engagement pour la justice et la guérison. Dans cet esprit, nous réaffirmons notre promesse de travailler à la guérison et à la réconciliation et de réfléchir à nos efforts depuis la visite du Saint-Père au Canada en 2022.
[traduction] « Nous voulons discuter ensemble, prier ensemble et travailler ensemble, pour que les souffrances du passé puissent conduire à un avenir de justice, de guérison et de réconciliation. » – Pape François
Soutien financier pour les priorités autochtones
La réconciliation exige une profonde compréhension et un respect de la culture, de l’identité et des priorités autochtones. En 2021, les évêques du Canada s’y sont engagés en promettant de recueillir 30 millions de dollars pour des projets qui favorisent la guérison et la réconciliation. Ces derniers sont déterminés et choisis par les peuples autochtones au niveau local, et sont supervisés par le Fonds de réconciliation avec les Autochtones (FRA). Nous avons le plaisir d’annoncer que le Fonds a déjà recueilli plus de 15 millions de dollars et est ainsi en avance sur sa campagne de collecte de fonds de cinq ans.
[traduction] « Tirer la force de nos expériences et utiliser cette compréhension pour aider les autres nous guident dans l’évaluation des propositions et sont le fondement de nos efforts dans les enseignements traditionnels et les moyens de guérison qui sont si importants pour les Autochtones. » – Rosella Kinoshameg, présidente, Fonds de réconciliation avec les Autochtones
Le FRA a financé des projets importants qui mettent l’accent sur la guérison et la réconciliation pour les peuples autochtones et leurs familles, la revitalisation de leurs cultures et leurs langues, l’éducation et le renforcement de leurs communautés, ainsi que les dialogues pour la promotion de leurs spiritualités. Nous encourageons la communauté catholique à examiner le travail du FRA et à envisager la possibilité d’y contribuer.
Accès transparent aux dossiers
Le pape François a insisté sur l’importance de découvrir et de reconnaître les vérités concernant les injustices historiques vécues par les survivants et survivantes des pensionnats et leurs familles. La vérité doit précéder la réconciliation et les diocèses sont fortement encouragés à mettre leurs dossiers pertinents à la disposition des chercheurs et des communautés autochtones, afin de les aider à trouver la vérité qu’ils cherchent. Pour favoriser ce travail, nous avons rédigé un Guide sur la documentation et l’accès aux dossiers pertinents, y compris les archives de missions, les registres de sacrements, et les actes de décès, afin d’aider les peuples autochtones à découvrir les faits concernant leurs êtres chers. Ce travail s’ajoute à celui d’autres entités catholiques qui ont géré ou exploité des pensionnats établis par le gouvernement du Canada et qui ont mis leurs documents pertinents à la disposition du Centre national pour la vérité et la réconciliation.
C’est un travail minutieux qui prendra du temps, et nous nous engageons, avec vous, sur le chemin de la vérité. Il nous incombe d’aider les survivants et survivantes, ainsi que leurs communautés, à trouver la guérison des traumatismes qu’ils ont subis. Nous nous joignons au Saint-Père dans sa prière pour « que les chrétiens et la société de cette terre grandissent dans leur capacité à accueillir et à respecter l’identité et l’expérience des peuples autochtones »[1].
Poursuite du dialogue avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis
Nous sommes profondément reconnaissants pour les relations que nous avons établies avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Nous voulons continuer à marcher à leurs côtés dans la solidarité. Puisque chaque communauté autochtone offre des dons et des défis uniques, les paroisses et les diocèses locaux jouent un rôle fondamental et de premier plan dans la réalisation de cet engagement. Il s’agit avant tout de marcher ensemble dans une écoute humble et ouverte à la sagesse et aux conseils des aînés et des gardiens du savoir autochtones.
En tant qu’évêques, nous avons établi des structures au sein de la CECC pour soutenir des dialogues et favoriser une meilleure compréhension des traditions autochtones et de leurs valeurs culturelles, linguistiques et spirituelles. De plus, nous souhaitons développer des collaborations universitaires pour comprendre et aborder les concepts couramment rattachés à la « doctrine de la découverte ». Nous désirons aussi poursuivre des discussions avec le gouvernement du Canada au sujet de préoccupations communes, telles que les objets autochtones actuellement détenus dans les musées du Vatican.
Embrasser le chemin de l’unité et de l’espoir
En poursuivant ce chemin de vérité et de réconciliation, nous reconnaissons aussi les nombreuses conversations difficiles qui ont lieu dans tout le pays au sujet de ce pénible héritage. Par exemple, nous savons que certains ont réclamé des enquêtes plus rigoureuses sur les signalements de lieux de sépultures anonymes, auxquels nous avons dû faire face en tant que nation il y a trois ans à peine.
Souvenons-nous que ce profond désir de vérité et de transparence est exprimé tout d’abord par les communautés autochtones et les survivants et survivantes des pensionnats. Les mieux placés pour prendre des décisions sur l’étude de cette histoire sont les dirigeantes et dirigeants autochtones locaux qui connaissent clairement les besoins de leurs communautés respectives. D’ailleurs, de nombreuses ressources sont disponibles pour approfondir et comprendre l’histoire des pensionnats, comme les recherches archivistiques et archéologiques. Nous encourageons les diocèses et tous les catholiques à appuyer leurs communautés autochtones locales dans ce travail délicat. Nous invitons toutes les parties à progresser dans la transparence, l’humilité, la compassion, la patience, la confiance et le respect mutuels.
Notre objectif doit être d’aider les peuples autochtones à rechercher et à connaître les faits concernant leurs proches et les ancêtres de leurs communautés. En travaillant ainsi ensemble et de bien d’autres façons, nous sommes tous préparés à progresser plus efficacement sur le chemin de la réconciliation.
Quand le pape François a visité notre pays, il a appelé l’Église au Canada à une action forte et à un engagement irréversible sur ce nouveau parcours que nous traçons avec les peuples autochtones de notre pays. Il faut marcher ensemble sur la voie de la réconciliation et de l’espérance. C’est pourquoi nous continuerons d’écouter et de soutenir les survivants, survivantes et les communautés autochtones durant ce parcours. Nous sommes reconnaissants à tous ceux et celles qui nous accompagnent sur ce chemin de guérison et de réconciliation.
Le 24 juillet 2024
[1]Apostolic Journey to Canada: Meeting with indigenous peoples: First nations, Métis and Inuit at Maskwacis (25 July 2022) | Francis (vatican.va)