Homélie
« Cherchez le Seigneur tandis qu’il se laisse trouver, invoquez-le quand il est près » (Is 55, 6)
Chers Frères et Soeurs,
1. Nous avons attendu longuement ce moment. Environ trois années se sont écoulées depuis que ma visite à Denendeh fut empêchée par les mauvais conditions atmosphériques. Aujourd’hui, finalement Dieu nous a réunis et nous accorde le privilège de célébrer ensemble le Sacrifice eucharistique du 25ème Dimanche de l’Année.
Je remercie mes frères les Évêques et particulièrement Monseigneur Croteau, Évêque de ce diocèse de Mackenzie-Fort Smith, ainsi que les prêtres, les religieux et les laïcs. Je suis particulièrement reconnaissant pour leur présence à M. le Gouverneur Général et aux représentants de la vie publique canadienne. Je suis aussi particulièrement heureux de rencontrer les membres des Tribus et des Nations, descendant des premiers habitants de cette terre qui n’ont cessé de manifester leur désir de me recontrer [sic] et se sont réunis en très grand nombre pour jouir de cette joyeuse occasion. J’aimerais exprimer ma satisfaction à l’Assemblée des premières Nations, aux « Inuit Tapirisat » du Canada, au « Conseil National Métis et au « Native Council » du Canada, pour avoir collaboré à l’organisation de cette visite. Je vous salue tous dans l’amour de notre Seigneur Jésus-Christ. Je proclame encore une fois votre dignité humaine et chrétienne et je vous soutiens dans vos efforts pour parvenir à votre destinée temporelle et éternelle.
2.« Cherchez le Seigneur tandis qu’il se laisse trouver; invoquez-le quand il est près » (Is 55, 6). Ces paroles que nous avons entendues lors de la première lecture constituent une invitation pressante a élever vos pensées vers le Père, qui a le don de tout ce qui est bon, afin qu’Il continue à guider votre destin de populations aborigènes sur les voies de la paix, dans la réconciliation des uns avec les autres, dans l’expérience d’une solidarité efficace de la part de l’Église et de la société pour la reconnaissance de vos droits légitimes.
Depuis d’innombrables générations, populations indigènes, vous avez vécu dans un rapport de confiance à l’égard du Créateur, convaincus que les beautés et les richesses de ce pays proviennent de sa main généreuse et qu’elles sont dignes d’être traitées et conservées sagement. Vous vous prodiguez aujourd’hui pour conserver vos traditions et consolider vos droits de peuples aborigènes. La liturgie d’aujourd’hui est profondément applicable en cette circonstance.
3. Le prophète Isaïe s’adresse à un peuple qui endure les souffrances de l’exil et aspire à renaître; qui aspire surtout à un renouvellement de l’esprit grâce à la renaissance de sa culture et de ses traditions. Il essaye de les consoler, de les renforcer dans leurs tâches, leur rappelant que le Seigneur n’est pas loin (cf. Is 55, 6-8).
Mais où le trouver? Comment pouvons-nous vivre en présence de Dieu? Le prophète indique trois phases pour découvrir la présence de Dieu dans notre expérience personnelle et collective.
D’abord — dit-il « appelez-le ». Oui, dans la prière nous trouverons le Seigneur; si nous l’invoquons avec confiance nous découvrons qu’il est tout près de nous.
Mais la prière doit provenir d’un coeur pur. C’est pourquoi le Prophète appelle à la conversion : « qu’il revienne au Seigneur qui aura pitié de lui … vers notre Dieu car il pardonne abondamment » (Is 55, 7).
Et finalement, nous sommes appelés a transformer notre vie en apprenant à marcher le long des voies du Seigneur : « En effet, comme les cieux sont élevés au-dessus de la terre, ainsi mes voies sont élevées au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55, 9). L’Alliance entre Dieu et son peuple se renouvelle sans cesse quand celui-ci invoque son pardon miséricordieux et observe ses commandements. Dieu est notre Dieu et nous sommes son peuple.
4. Dans le passage de l’Évangile à peine lu, Jésus parle du patron d’une vigne qui sort à des heures différentes pour envoyer des ouvriers à son vignoble (cf. Mt 30, 1-16). Cette parabole met en lumière l’infinie générosité de Dieu qui se préoccupe de pourvoir aux besoins de tous. C’est la compassion du patron à l’égard des pauvres — en ce cas les chômeurs — qui l’entraîne à payer à tous les travailleurs un salaire calculé, moins sur la base des règles du marché qu’au prorata des besoins réels de chacun.
Dans le Royaume de Dieu, la vie est fondée sur un sens authentique de solidarité, de partage et de communauté. Il est un Royaume de justice, de paix et d’amour. Et notre mission est d’édifier une société où ces valeurs sont appliquées à toutes les situations, à toutes les relations concrètes.
5. Cette parabole de la culture de la vigne du Seigneur représente aujourd’hui un authentique défi qui interpelle les nations et communautés aborigènes. Comme populations indigènes vous devez affronter une épreuve décisive: promouvoir les valeurs religieuses, culturelles et sociales qui soutiendront votre dignité humaine et garantiront votre futur bien-être. Votre sens du partage, votre compréhension de la communauté des hommes enracinée dans la famille, les relations si précieuses entre vos anciens et vos jeunes, votre vision spirituelle de la création, qui exige soins et protection du milieu — tous ces aspects traditionnels de votre manière de vivre doivent être préservés et tenus en grande considération.
Cette préoccupation pour votre vie d’indigènes n’exclut d’aucune manière votre ouverture à la communauté plus ample. Voici le moment de la réconciliation, de nouveaux rapports de respect et de collaboration réciproques pour parvenir à une solution vraiment juste des problèmes qui restent à résoudre.
6. Je prie surtout pour que ma visite représente un moment de réconfort et d’encouragement pour la communauté catholique qui vit parmi vous. Le zèle dévoué des missionnaires-pionniers — auxquels une fois de plus l’Église exprime sa profonde et incessante gratitude — a donné naissance chez vous à de vivantes communautés de foi et de vie chrétienne. Le défi que vous devez affronter est de devenir toujours plus actifs dans la vie de l’Église. J’ai appris que l’Évêque Croteau et les autres Évêques du Nord s’efforcent de revitaliser les Églises locales pour que vous puissiez devenir des témoins toujours plus efficaces du Royaume de Dieu, qui est un Royaume d’amour, de justice et de paix, de pardon et de solidarité entre les hommes.
Mes chers amis Indiens, Inuits et Métis, je fais appel à vous tous et principalement aux jeunes pour que vous assumiez des rôles de responsabilité, et utilisiez vos talents pour édifier l’Église au sein de vos populations. Je demande a tous les anciens, aux leaders et aux parents d’encourager et soutenir les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse. De cette manière l’Église sera toujours davantage « chez elle » dans vos propres cultures, en évangélisant et renforçant vos valeurs et coutumes traditionnelles.
7. Je suis venu aujourd’hui, chers frères et soeurs, vous proclamer Jésus-Christ et proclamer qu’il est votre ami et votre Sauveur. En son nom, avec l’amour du Bon Pasteur, je vous répète les paroles de la deuxième Lecture: « Menez seulement une vie digne de l’Évangile du Christ » (Eph 1, 27). De toute manière le Christ sera glorifié dans toutes vos actions (cf. v. 20) et sa paix régnera dans votre coeur.
Nous nous préparons maintenant à renouveler nos promesses du Baptême. Ceci est un moment solennel. En renonçant au péché et au mal, et en rénovant notre confiance en la puissance des mystères salvifiques du Christ, nous réaffirmons en réalité notre alliance avec Dieu. Il est notre Dieu et nous sommes son peuple.
En nous engageant encore plus dans les voies de Dieu, nous pourrons goûter la joie spirituelle de Marie, Mère du Rédempteur et notre Mère dans la foi. Puissent ses paroles exprimer les sentiments les plus profonds de notre coeur:
« Mon âmes exalte le Seigneur / et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, / …car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses / et Saint est son nom » (Lc 1, 46-47, 49).
Amen!