La ville de Jacmel est située dans le département du Sud-Est. Lieu touristique sur la mer des Caraïbes, associé à la famille de l’ancienne gouverneure-générale du Canada, la très honorable Michaëlle Jean, Jacmel fut l’une des régions d’Haïti les plus durement frappées par le séisme de janvier 2010. En venant de Port-au-Prince, les visiteurs canadiens ont eu l’occasion d’observer l’impact brutal de la déforestation à flanc de montagnes. Les arbres ont été abattus massivement en vue de produire du charbon de bois pour le chauffage et la cuisson. En de nombreux endroits, les pluies saisonnières torrentielles ont lessivé la couche de sol fertile et dénudé le roc, dégageant du gravier et une poussière blanche omniprésente qui parfois, la nuit, réduit à zéro la visibilité sur les routes.
Jacmel est le siège de «Fanm Deside» (Femmes décidées), groupe de femmes résolues à changer la situation des femmes et à travailler avec d’autres groupes à la transformation de leur pays et leur société. Développement et Paix a versé à Fanm Deside 250 000 $ en deux ans, en partie pour la construction d’un refuge pour des femmes et des enfants fuyant la violence au foyer.
« Fanm Deside »
En arrivant à Jacmel, dimanche en fin d’après-midi, la délégation canadienne est d’abord reçue par 10 femmes de Fanm Deside puis par le vicaire général du diocèse de Jacmel. Fondé en 1989 par les Sœurs de Notre-Dame du Bon Conseil de Montréal, le mouvement a débuté avec 13 femmes et compte maintenant plus de 800 membres répartis en cinq groupes différents. Ces groupes offrent de la formation en santé, sur la dignité de la personne et sur les droits humains, en particulier pour les femmes et les enfants, mais aussi pour les hommes. Ils protègent de la violence les femmes et les enfants, mobilisent la collectivité autour de projets économiques et font du lobbying au nom des femmes et des enfants. Les visiteurs canadiens sont accueillis dans une pagode décorée de rubans blancs et de rosettes roses, et invités à prendre place à une petite table rehaussée d’une nappe brodée et de fleurs fraîches.
« Bienvenue chez nous », chantent les femmes. Chacune fait un bref exposé. «Nous sommes reconnaissantes aux évêques du Canada, déclare la coordonnatrice, Mme Marie-Ange Noël : par l’entremise de Développement et Paix, ils défendent les droits des femmes en Haïti. »
Les femmes expliquent que plus de la moitié des familles en Haïti sont monoparentales ou comptent un homme ayant plusieurs partenaires sexuelles. La situation économique difficile est un facteur important de frustration et de violence. Les jeunes ne sont pas seulement victimes de violence; ils la reproduisent à leur tour. Depuis le tremblement de terre, les problèmes de violence ont augmenté, en particulier parce que les camps de sans-abri sont peu sécuritaires. Le développement économique est un élément important de la solution, expliquent-elles. Il redonne aux femmes l’estime de soi et leur gagne le respect des hommes et des autres femmes tout en les aidant à nourrir et à éduquer leur famille. Parmi les projets, mentionnons des pépinières, du microcrédit, de l’élevage de porc ou de poulet, le tout soutenu en partie par l’Organisation catholique canadienne pour le Développement et la Paix. « Vous êtes très courageuses », leur dit Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada. La rencontre se termine par un chant de bénédiction; les femmes demandent ensuite à Mgr Smith de les bénir.
La délégation canadienne rencontre aussi brièvement trois dirigeants de JACHA. Ce groupe rassemble 400 jeunes répartis en 14 équipes qui travaillent en santé publique (protection contre le choléra et la rage), en prévention des désastres et en reboisement. Ils ont mobilisé 12 000 jeunes de 15 à 25 ans. « Votre dévouement et les sacrifices que vous faites pour les autres sont extraordinaires, confie Mgr Smith aux deux jeunes hommes et à la jeune femme. Vous jetez les bases du changement. Vous voyez loin. » En trois ans, Développement et Paix a versé 200 000 $ à JACHA pour ses projets de reforestation.
Le vicaire général du diocèse
Les visiteurs vont ensuite rencontrer le vicaire général, le Père Théodule Domond, qui a été administrateur diocésain jusqu’à la récente nomination du nouvel évêque et qui est maintenant directeur du centre diocésain de formation pastorale. Il a toujours appuyé Fanm Deside et, à titre d’administrateur diocésain, c’est lui qui a inauguré les nouveaux locaux du mouvement. Même si Fanm Deside ne relève pas directement du diocèse, les relations sont bonnes, dit-il, et la plupart des membres sont des catholiques convaincues. Il signale que le groupe est aussi en lien avec des communautés religieuses féminines. « En Haïti, les femmes, en particulier les mères, sont les piliers de la société et de la famille, dit-il. La plupart des membres de Fanm Deside sont des mères de famille qui sont parvenues à faire beaucoup avec très peu de moyens. »
Quand on lui parle de commentateurs canadiens qui affirment que les groupes de femmes comme Fanm Deside formulent des critiques radicales contre l’enseignement de l’Église, il répond que ce n’est certainement pas le cas dans le Sud-Est d’Haïti. Il ajoute ne connaître aucune femme du mouvement qui critiquerait l’Église ou son enseignement. Par ailleurs, dit-il, dans toute association on peut trouver des individus ou des courants qui ne reflètent pas les principes et les objectifs fondamentaux de l’organisme. « C’est vrai de l’Église, ajoute-t-il. On trouve des catholiques, voire des homélistes, qui critiquent tout ce qui concerne les problèmes des femmes, même si leurs critiques ne sont pas conformes à l’enseignement de l’Église.»
Mgr Smith s’enquiert de la situation dans le camp de Jacmel, qui héberge les sans-abri depuis le tremblement de terre. Dans les environs immédiats, dit le Père Domond, 5 000 personnes ont perdu leur foyer et nombre d’églises, de chapelles et de maisons religieuses ont été détruites. Même si on a ramené à environ 600 familles le nombre de personnes qui vivent toujours sous la tente, la situation demeure précaire, explique-t-il. On a dépensé beaucoup d’argent pour acheter des tentes de plastique : ces tentes résistent mal au vent et au feu, elles sont étouffantes quand il fait chaud et ne protègent pas du froid. « On a très peu fait jusqu’ici pour construire des logements permanents », dit-il. Or il est important, souligne-t-il, que les gens eux-mêmes s’impliquent dans la construction de leur maison. Même s’ils ont besoin d’aide pour trouver les moyens de se construire une maison en dur, il faut qu’ils prennent leur situation en mains.
Un refuge pour les femmes et les enfants
Le lendemain 19 décembre, la délégation canadienne visite le refuge que construit Fanm Deside pour réagir à la violence familiale. L’édifice de deux étages offrira un refuge temporaire à une vingtaine de femmes et d’enfants. Une douzaine d’hommes sont au travail : la maison de béton se dresse à l’intérieur d’un joli jardin ceinturé d’un mur. Le mur de pierres est construit à la main de même que c’est à la main qu’on mélange et qu’on transporte un seau à la fois le béton pour la maison. Ce refuge pour femmes sera le premier dans le département du Sud-Est et l’un des rares au pays. Mgr Smith bénit la construction. Une fois terminée, la maison s’appellera « Centre Magalie pour la vie », en l’honneur d’une femme de l’endroit qui a défendu les autres contre la violence et qui a perdu la vie dans le séisme de 2010.
La mission visite ensuite deux pépinières opérées et dirigées par des femmes, ce qui leur permet d’acquérir de nouvelles compétences de vie, de se donner un minimum de sécurité financière pour elles-mêmes et pour nourrir et éduquer leur famille, et de cultiver le sens communautaire. Les semis d’arbres et de légumes aident d’autres familles et permettent d’enseigner la conservation de l’eau et du sol arable. Dans une pépinière, les femmes transportent l’eau dans des seaux et des contenants de plastique recyclés sur plus de 20 mètres pour arroser les pousses; dans l’autre, il faut 10 minutes pour se rendre à la rivière toute proche. Les deux pépinières sont un paradis de verdure où chantent les oiseaux et voltigent les papillons. « La solidarité est la base de tout », dit une femme. Les femmes rêvent de changer peu à peu tout le pays, qui dépend aujourd’hui d’aliments importés. Il y a trente ans, Haïti produisait son propre riz; aujourd’hui, on importe le riz de Californie. Fanm Deside a cinq pépinières en tout. Chacune produit 10 000 semis par année. Les femmes ont de 18 à 80 ans.
« Nous sommes touchées par la générosité des gens du Canada qui ont investi dans nos projets et envoyé des représentants voir notre travail », dit une femme. «Les femmes sont comme le roseau, flexibles mais résistantes », chantent-elles. Un deuxième chant dit : « L’homme et la femme seuls sont tristes; ensemble, ils construisent la société. » «Joyeux Noël! » s’exclament les visiteurs canadiens — À vous aussi, de répondre une femme, parce que Noël, c’est pour tout le monde! » Les visiteurs songent à la Sainte Famille et à la façon dont Dieu a créé l’homme et la femme égaux en dignité.
Mgr Smith et Mgr Durocher sont accompagnés dans cette visite de solidarité à Haïti par le directeur général de Développement et Paix, M. Michael Casey, le chargé de programme pour l’Amérique latine et la Caraïbe, M. Normand Comte, par l’agent de communications, M. François Gloutnay, ainsi que par le secrétaire général adjoint de la CECC, M.
par
Conférence des évêques catholiques du Canada
Pour célébrer le quatrième dimanche de l’Avent, la délégation canadienne se rend là où se dressait la cathédrale de Port-au-Prince, détruite par le séisme du 12 janvier 2010. La messe sera célébrée sur l’emplacement des anciens bureaux de l’archidiocèse, effondrés eux aussi, et qu’on entrevoit à l’ombre des ruines de l’ancienne cathédrale. C’est à cet endroit que l’archevêque d’alors, Mgr Joseph Serge Miot, a perdu la vie avec des membres de son clergé et du personnel diocésain. Devant l’autel érigé en plein air, de vastes auvents permettent de se protéger du soleil. Des chaises de métal sont disposées en rangées autour de l’autel pour une assemblée de quelque 400 fidèles. Derrière l’autel, une entrée mène à une chapelle. La première messe de la journée vient de se terminer et une foule encore plus nombreuse se disperse au moment de l’arrivée des visiteurs canadiens.
Après la communion, Mgr Poulard remercie les visiteurs canadiens pour leur présence et exprime sa profonde gratitude à Développement et Paix « pour tout ce qu’ils font parmi nous ». Beaucoup de nos gens vivent encore sous la tente, souligne-t-il. Quand je leur rends visite, j’en ai les larmes aux yeux. Les tentes se détériorent et résistent mal à l’action du soleil, du vent et de la pluie. » En rappelant les besoins d’éducation et de formation professionnelle de la population, l’archevêque ajoute : « le grand défi, c’est le chômage, qui engendre l’insécurité et la criminalité ». C’est pourquoi la solidarité des évêques du Canada et l’aide de Développement et Paix sont si vivement appréciées. « Avec l’appui de l’Église au Canada et de Développement et Paix, conclut-il, nous pourrons être forts et bâtir un nouveau pays d’Haïti. »
De l’
Chaque journée de cette visite de solidarité débute par la célébration de l’Eucharistie. L’antienne d’ouverture pour le samedi 17 décembre est tirée du prophète Isaïe : « Le Seigneur viendra montrer aux pauvres sa miséricorde. » Plus tard en matinée, la délégation se dirige au sud de Port-au-Prince vers la commune rurale de Duval. Deux employés des bureaux diocésains de Caritas Port-au-Prince guident lentement les visiteurs le long de sentiers de montagne abrupts. La paroisse compte 48 000 catholiques; dans un secteur de la paroisse, 90 pour cent des maisons ont été détruites par le tremblement de terre de janvier 2010. Parce que l’accès est particulièrement difficile, il n’a pas été simple d’organiser les secours ou d’acheminer des fournitures. L’aide a encore été retardée par l’ouragan Tomas en novembre 2010. Il faut à peu près deux mois pour construire une nouvelle maison à cause de la grande difficulté du transport.
Plus haut dans la montagne, les visiteurs canadiens aperçoivent 80 hommes, femmes et enfants armés de pics : ils construisent de leurs mains un mur de pierres long d’une trentaine de mètres. C’est un élément d’une série de murets qui permettront d’aménager des terrasses à flanc de montagne. Deux fois par semaine, pendant quatre heures, les gens se rassemblent pour collaborer à la construction de ces murs. Même si on a déjà utilisé des terrasses pour la culture maraîchère, ça ne se faisait que sur une base individuelle et en se fiant à l’intuition et à l’expérience de chacun. Maintenant qu’on travaille ensemble et avec l’aide d’agrologues et d’ingénieurs professionnels de Caritas Port-au-Prince, les murs sont plus solides et conçus pour mieux résister aux intempéries et à l’érosion. Les terrasses vont retenir l’eau de pluie, contenir les animaux et protéger les cultures comme les tomates, le maïs, les choux et les poivrons. Il faut six journées de travail collectif pour construire un mur. Le second projet, qu’on verra plus tard dans la journée, est encore plus considérable. Environ 300 hommes, femmes et enfants forment une véritable chaîne humaine pour construire un long mur de pierres au flanc d’une montagne très escarpée.
Le presbytère est une humble construction en blocs de béton et des poulets longent les murs en quête de nourriture. Les trois quarts du budget de la paroisse viennent de l’extérieur de la collectivité, grâce à des contributions d’amis et de bienfaiteurs de Port-au-Prince et d’ailleurs. L’église paroissiale, très simple, placée sous le vocable de l’apôtre saint Jude, « patron des causes désespérées », a des murs de plâtre, un plancher de béton et un toit de tôle. Les gens prennent place sur des chaises de métal, des bancs de bois et de vieux pupitres d’écoliers. Une petite fille vêtue de blanc est assise à l’arrière de l’église avec des membres de sa famille. Elle attend de se faire baptiser. Près de l’autel à l’avant, se dresse l’échafaudage de la crèche de Noël. La semaine prochaine à cette heure-ci, nous nous préparerons à célébrer la messe de minuit, de dire le Père Jesse.
La journée a débuté par un autre trajet long et cahoteux de deux heures et demie pour rentrer à Port-au-Prince. Après quoi il aura fallu manœuvrer dans la circulation chaotique de la capitale encore une heure pour arriver au Foyer Maurice-Sixto. Il s’agit d’un centre pour les « reste-avec » : jeunes enfants que leurs familles vivent à la campagne, trop pauvres pour s’en occuper, envoient à d’autres familles en ville. L’idée étant que ces enfants seront nourris et instruits en échange des services qu’ils rendront à leur famille d’accueil. Mais dans bien des cas, ils sont exploités, agressés physiquement et sexuellement, et traités en esclaves. Les familles d’accueil sont souvent à peine moins pauvres que les familles de la campagne; elles ont peu de nourriture, guère plus d’autres biens. On estime à 300 000 le nombre de « reste-avec » dans les différentes villes d’Haïti.
Le Foyer Maurice-Sixto (FMS) a été fondé il y a 22 ans par le Père Miguel Jean-Baptiste, prêtre de l’archidiocèse de Port-au-Prince, qui est aussi le curé du bidonville environnant. Au fil des années, avec la bénédiction et les encouragements de l’archidiocèse, quelque 5 000 enfants « reste-avec » ont pu trouver au Foyer protection, nourriture, une éducation de base et un début de formation professionnelle. Tout cela avec l’accord des familles d’accueil, une fois que le Père Miguel et son équipe sont parvenus à les convaincre que les enfants méritent d’être nourris et instruits tout en continuant à rendre des services à ceux qui les reçoivent. Du coup, la situation de ces « reste-avec » se trouve transformée. Non seulement reçoivent-ils gratuitement des vêtements, des cours et un repas complet par jour (souvent le seul de la journée) mais ils acquièrent le respect de la famille d’accueil. Mieux encore, les enfants de la famille d’accueil sont admis dans les « camps » qu’organise le Foyer. Ce cadre différent et sa dynamique nouvelle leur font découvrir dans les « reste-avec » des compagnons de jeu et des amis. Autre révolution que provoque le Foyer dans la vie de ces enfants : les fêtes d’anniversaire. Très souvent, pour la première fois de leur vie, ils sont fêtés et célébrés. Comme ils ne connaissent presque jamais leur date de naissance, ils célèbrent tous ensemble le même jour. Il faudra des années avant qu’ils ne retrouvent leur propre famille. Et plusieurs apprendront alors qu’un de leurs parents ou les deux sont décédés avant qu’ils n’aient pu les revoir.
Portant fièrement leur uniforme bleu, plus de 150 enfants ont interprété un chant de bienvenue en l’honneur de la délégation canadienne; Mgr Durocher, qui a reçu une formation de chanteur d’opéra avant d’entrer au grand séminaire, y a répondu en improvisant un remerciement sur la même mélodie. Le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Mgr
La journée s’est terminée par une visite aux bureaux de Caritas Haïti, pour une rencontre avec son directeur général, le Père Serge Chadic, et son directeur général adjoint, le Père Patrick Aris (qui est aussi chancelier de l’archidiocèse de Port-au-Prince). Développement et Paix collabore avec Caritas Haïti sur plusieurs projets importants, et les visiteurs auront l’occasion d’en visiter quelques-uns dès demain.
La mission de solidarité en Haïti a pris la route, le 15 décembre 2011, pour se rendre à environ deux heures et demie au nord de Port-au-Prince dans la localité de Papaye, sur le Plateau central, près de la petite ville de Hinche. Le voyage s’est fait sur une route de montagne étroite et sinueuse, pavée en bonne partie encore que, sur plusieurs kilomètres, la voie ait été en gravier, creusée d’ornières et attaquée par l’érosion, pratiquement invisible à cause de la poussière en suspension dans l’air. L’accotement de ces chemins étroits était peuplé de femmes, d’hommes et d’enfants, souvent pieds nus, qui vendaient de menus objets, transportaient des denrées agricoles, se rendaient à l’école ou en revenaient, ou faisaient d’autres commissions.
Aujourd’hui, le MPP héberge un centre national de formation au leadership agricole et peut recevoir 200 étudiants et visiteurs à la fois. Il met l’accent sur l’agriculture durable et écologique selon trois grands axes : la préservation des semences, la diffusion des espèces végétales locales et la conservation de l’eau. On distribue chaque année au moins 100 000 arbrisseaux aux petits producteurs locaux qui pratiquent
Ce matin, nous sommes rentrés de Hinche à Port-au-Prince. Les mots n’arrivent pas à évoquer la misère que vivent des milliers de personnes dans cette localité. Mais les mots sont encore plus impuissants à évoquer la misère intérieure provoquée chez les milliers d’enfants qu’on appelle les «restavek». Ce terme créole, construit sur le français « reste avec», décrit une réalité terrible qui frôle en pratique la traite des personnes. Des familles de la ville « acquièrent », par l’entremise d’intermédiaires, des enfants venus de la campagne pour travailler comme domestiques. Les parents de ces enfants désirent « donner » leurs enfants à des familles d’accueil, dans l’espoir qu’on s’occupera des petits, qu’on leur paiera des études, etc. La réalité est bien différente. Des enfants de six à quinze ans entrent comme domestiques dans ces maisons de la ville et rares sont ceux qui reçoivent la moindre éducation. En fait, la plupart sont pratiquement réduits en esclavage et subissent des sévices. Ils sont généralement coupés de leur famille pendant des années.
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Après le séisme de janvier 2010, l’
Arrivés à Port-au-Prince le 14 décembre, Monseigneur